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Et dire que tout s’est joué sur un appel. Si Joan Caudullo, au moment de prendre ses fonctions de manager du MHR en juin 2024, n’avait pas tenté le pari de l’attirer dans son staff à la fin de sa carrière de joueur, et si le président Mohed Altrad ne l’avait pas validé, Geoffrey Doumayrou (37 ans) n’aurait sans doute plus de lien avec le rugby. C’était d’ailleurs le projet initial, lui qui avait prévu d’enfin se poser et de démarrer une aventure loin des terrains après plus de quinze ans de carrière professionnelle. Deux ans et demi plus tard, voilà la voix la plus éraillée du rugby français au chevet du XV de France. Le M. Défense des Bleus, c’est lui, désormais. Comme au MHR. Après deux ans comme entraîneur, la promotion est express.
La nomination du garçon a d’abord étonné, quand on sait le passif entre Fabien Galthié et l’ancien centre (13 sélections). Mais le sélectionneur n’a pu rester insensible au boulot réalisé par "Doum" à Montpellier. En interne, il continue de bluffer. En externe, un chiffre parle pour lui : la saison dernière, le MHR disposait de la meilleure défense. C’est encore le cas après huit journées de Top 14 cette saison. "On avait identifié son arrivée depuis longtemps. Son apport va être important", assurait Galthié récemment. Une nomination qui ne lui enlève aucune prérogative en club. D’ailleurs, ce statut d’entraîneur de club qui file en sélection est amené à se démocratiser.
Lors de la saison 2012-2013, Geoffrey Doumayrou, qui venait de quitter Montpellier pour le Stade Français, retrouvait son club formateur, toujours entraîné par Fabien Galthié. Les Parisiens l’emportaient 18-11 face au MHR. À la fin de la rencontre, le centre et le technicien ont eu un échange musclé suite à des propos parus dans la presse. Un moment capté par les caméras et qui a été vu 1,2 million de fois sur Youtube.
Au moment de la nomination de Doumayrou en équipe de France, cette séquence a été rappelée à Fabien Galthié. "C’était super, c’était sympa. On en rigole. Il faut savoir se dire les choses en face. Il y avait une caméra qui était là, et ça a fait une polémique. C’est un clin d’œil à notre histoire sympathique. C’était bien capturé et bien utilisé ensuite. On a l’habitude dans notre environnement. On sait le vivre", a déclaré le sélectionneur.
"On en avait rediscuté quelques années plus tard, il n’y avait pas de souci. C’est une preuve forte que Fabien vienne me chercher pour qu’on travaille ensemble. On savait que les médias allaient en reparler. Je suis quelqu’un d’entier. J’avais exprimé ce que je ressentais. C’était la réalité à ce moment-là. Mais j’avais la vingtaine. J’ai grandi. J’ai vu que ça se passait comme ça dans d’autres clubs. Lui aussi a reconnu qu’il avait fait une connerie. Aujourd’hui, nous sommes devant une page blanche. À chaque fois qu’il venait au club ou quand il a intégré le staff des Bleus avant la Coupe du monde 2019 au Japon (à laquelle Doumayrou a dû renoncer en raison d’une blessure), il n’y a jamais eu d’animosité ou de souci. C’est du passé. On est passés à autre chose", confiait Doumayrou à L’Équipe.
Mais quelle est sa recette pour faire autant l’unanimité ? D’autant que le garçon a du caractère. Il a parfois des côtés un peu "ours", ce qui lui a par ailleurs facilité le passage de joueur à entraîneur. Lors de sa première année comme entraîneur, certains lui reprochaient d’être parfois trop négatif sur ses retours ou dans le vestiaire. "C’est un mec extrêmement exigeant. Il met beaucoup de passion, il transpire ce qu’il veut te transmettre. Mais il n’a pas d’œillères, il sait se remettre en question. Aujourd’hui, il sait gérer quand il faut être dur et quand il faut montrer du positif. Je trouve qu’il a vraiment progressé là-dessus. À force de nous connaître, il sait aussi comment agir avec chacun", analyse un de ses poulains à Montpellier, le centre Arthur Vincent.
"C’est de très loin le meilleur technicien que j’ai eu. Il a vision claire et il est à fond sur les détails. Chaque joueur sait exactement son rôle", ajoute un joueur qui l’a côtoyé.
Cette quête de l’ultra-précision est en réalité un de ses secrets. "On peut parfois avoir des défenses un peu plus dans le contrôle, où l’on est davantage dans la lecture. Là, on a une défense agressive dans laquelle on doit être hyper précis et bien placés", enchérit Arthut Vincent.
"Parfois, il peut avoir le rôle du mauvais flic. Mais on a besoin de ce mec. Il a de la rigueur. Dès qu’il a un truc à dire, il le dit. Il est honnête, juste et ne se travestit jamais. Je suis heureux pour lui", apprécie le papa du MHR, Billy Vunipola (34 ans, 74 sélections avec l’Angleterre).
Avec les Bleus, depuis quinze jours, son expertise fait déjà mouche. Il a déjà fait oublier Shaun Edwards, son prédécesseur. "C’est un grand plaisir de l’avoir. Il a son discours, son caractère, sa façon de voir. C’est un garçon passionné. C’est un personnage, j’aime beaucoup personnellement", assurait le patron de l’attaque des Tricolores, Patrick Arlettaz.
Geoffrey Doumayrou va faire ses grands débuts sur le banc des Bleus, samedi, contre les Fidji. Les fusées du Pacifique à défendre, quel meilleur test pour jauger ses premières consignes ?