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De notre envoyé spécial à la Plénitude Arena,
Carlos Alcaraz était bien heureux de ne pas avoir à affronter Arthur Fils, vendredi soir en quart de finale du Masters 1000 de Paris. Non pas que le Français lui aurait mené davantage la vie dure que Taylor Fritz, qu’il a battu dans la difficulté en trois sets (6-7, 7-5, 6-3) pour se qualifier pour les demi-finales. Mais l’Espagnol aurait pu voir remonter à la surface des fantômes du passé. Ceux qui le hantent quand il met les pieds dans la capitale pour ce dernier gros tournoi de la saison.
En 2021, alors qu’il venait à peine de dépasser l’âge légal pour voter, Carlitos s’était retrouvé dans un sale bourbier à Paris face à Hugo Gaston. Alors qu’il menait 5-0 dans le deuxième set, Alcaraz a tout d’un coup vu la lumière s’éteindre et perdu 20 des 21 derniers points, dont 17 consécutifs. Le tout dans une ambiance incandescente, en mode stade de foot, mise par les Français qui ont totalement fait craquer mentalement celui qui était alors « que » 35e joueur mondial.
Cinq ans après, Alcaraz, qui avait alors le bras qui tremblait comme jamais, a toujours cette rencontre dans un coin de sa tête. « Je n’ai pas de très bons souvenirs de ce match, c’était la première fois que je ressentais la pression de l’extérieur, a-t-il expliqué en arrivant dans la capitale. Ils (les Français) le soutenaient et la leçon que j’ai tirée, c’est qu’il ne fallait pas réagir à la foule, au public et que j’essaie de ne pas laisser cette énergie, ce soutien pour mon adversaire m’affecter mentalement. »
Alors cette ambiance de « stade bouillant », comme l’avait alors qualifiée Hugo Gaston, peut-elle se reproduire ce samedi, pour tenter de déstabiliser Ben Shelton qui affrontera le nouveau chouchou local, Luca Van Assche (22 ans), qui dispute sa première demi-finale à ce niveau ? Pas si sûr que ça. Et pour une raison bien simple : entre 2021 et 2026, le tournoi a déménagé. Adieu Bercy, son arène proche du court et ses coquins spectateurs, bienvenue à la Plénitude Arena, à la Défense.
« Bercy, c’était plus un chaudron, les prix étaient aussi moins chers donc les gens se laissaient facilement déborder, parfois un peu à la limite, mais on était plus proches du court, nous explique la voix un peu éraillée Alix, membre de la Tribune Bleue, pendant le quart de finale de Luca Van Assche. Ici, l’ambiance est plus compliquée à prendre. La salle est très évasée et forcément dans le public, on est beaucoup plus loin du court. »
🎾 #RolexParisMasters | 🇫🇷 OUIII LUCA ! VAN ASSCHE FILE EN DEMI-FINALE !
— francetvsport (@francetvsport) November 6, 2026
🔥 Quel match de Luca Van Assche qui s'est imposé au terme d’un énorme combat face à Rinky Hijikata (6-4, 6-7 [4-7], 7-5) et disputera sa première demie en Masters 1000. pic.twitter.com/X5njZz04Pd
Comptez bien, au doigt mouillé, l’espace de trois à quatre voitures alignées l’une derrière l’autre entre la ligne de fond et le premier spectateur, deux Smarts sur les côtés. Et puis il y a aussi ces musiques lancées à fond dans les enceintes de la salle (désolé, mais on n’en peut plus d’écouter Rihanna et Shakira) à chaque changement de côté, qui tuent dans l’œuf la moindre ambition de lancer un chant un peu long pour soutenir un joueur pendant cette pause.
Alors, il y a bien eu, depuis le début de la semaine, quelques grosses montées de décibels (comme sur l’entrée sur le court ou quelques points d’Arthur Fils, la fin de match accrochée d’Arthur Rinderknech face à Ben Shelton), mais tout ça reste très poli, comme si on respectait l’identité sonore des supporteurs résidents du Racing 92, pas les plus bruyants de la planète rugby.
Equipée de leur gros tambour, qui fait sursauter le moindre passant non averti, la dizaine de membres de la Tribune Bleue présents à la Défense ne sont pour autant pas pessimistes. « Il faut encore quelques années à cette Arena pour prendre dans l’esprit des gens, pense Alix. Nous, on essaie de monter un peu l’ambiance, ça prend un peu, mais on reste très fair-play. On n'est pas contre un joueur. Sur le central, c’est possible que ça monte sur un match très disputé avec un favori. Si Luca passe, demain ça peut partir très facilement. »
Ça tombe bien, Luca Van Assche est donc passé et retrouvera un favori, Shelton, lors de cette demi-finale. Lors du dernier set face à Rinky Hijikata, le Français a pu avoir un aperçu de ce qu’il pourrait retrouver ce samedi. Une montée des voix avant que l’Australien ne serve, des applaudissements sur les premières balles fautes, des acclamations sur une double faute et, évidemment, une ovation à chaque passing de Van Assche qui transperçait le pauvre Hijikata…
Un échauffement avant le vrai rendez-vous de ce samedi ? « Ils m’ont soutenu du début à la fin, surtout pendant les moments qui étaient plus compliqués, se réjouissait Van Assche après sa victoire en conférence de presse. J’étais au bord de la rupture à un moment et ils m’ont beaucoup soutenu. C’est sûr que cela fait beaucoup de bien, quand tu joues, cela donne beaucoup d’énergie. » Il faudra aussi donner un peu du sien.
Car le Français n’est pas encore allé chercher le public avec des signes de la main ou un comportement qui donne envie de s’enlever le tee-shirt pour le faire tournoyer au-dessus de sa tête. Tout le contraire de Carlos Alcaraz. Pas franchement rancunier d'il y a cinq ans, l’Espagnol a sorti des points de déglingos pour sauver deux balles de match et a emporté avec lui le public français, debout dans les tribunes, avec des clameurs qu’on n’avait pas franchement entendues jusque-là. Luca Van Assche sait ce qu’il lui reste à faire.