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La Route du Rhum est-elle une compétition franco-française ? Lancée en réaction aux Britanniques qui venaient de limiter la taille des bateaux à 56 pieds sur leur Transat anglaise, après la victoire d’Éric Tabarly sur son imposant Pen Duick VI, la mythique transatlantique en solitaire est devenue un des événements sportifs les plus populaires en France.
Sur douze éditions, l’immense majorité des vainqueurs à Pointe-à-Pitre sont Français. Mais ce serait oublier le Canadien Mike Birch, gagnant de la toute première Route du Rhum pour 98 secondes, ou le Suisse Laurent Bourgnon, double vainqueur, en 1994 et 1998. Et, derrière ces figures de proue, une flopée de navigateurs internationaux ont marqué l’histoire de l’épreuve, comme l’Anglaise Ellen MacArthur, première des Imoca en 2002…
Pour autant, c’est bien en minorité qu’ils se présentent à chaque fois sur la ligne de départ de la pointe du Grouin. Cette année, ils étaient 16 étrangers sur 115 engagés. En 2022, 27 sur 138. Quatre ans plus tôt, 23 sur 123. Soit une proportion passée de plus de 19 % à moins de 14 % en 2026.
Cela s’explique, sans doute, par la quasi-absence des Britanniques, dont il reste tout de même Sam Goodchild, natif de Bristol mais installé en France depuis une quinzaine d’années. D’autres n’ont pas réussi à financer leurs projets. « La Grande-Bretagne manque assurément d’une figure de proue, d’une personnalité capable de mobiliser sponsors et médias », analyse le Mag du Rhum.
Les Italiens n’ont visiblement pas ce problème : ils sont six sur cette 13e édition ! Jamais ils n’ont été aussi nombreux. En chef de file, le Milanais Ambrogio Beccaria, vainqueur de la mini-transat en 2019, passé par les Class 40 et désormais en Imoca. Soutenu par un groupe italien implanté mondialement (Mapei), son parcours illustre aussi « la montée en puissance de la classe à l’international »…
Cette « vague » transalpine se concrétise médiatiquement : une quinzaine de journalistes italiens sont accrédités sur cette édition. Et la course suscite ainsi l’intérêt de l’équivalent de L’Équipe, La Gazzetta dello Sport.
Preuve que « l’aura » de la Route du Rhum n’en finit pas de traverser les frontières, de nouvelles nationalités sont représentées cette année. Pamela Lee (projet #EmpowHer en Class40) est, à 38 ans, le tout premier navigateur irlandais à s’y engager.
Cela n’a d’ailleurs pas été sans mal : elle a bouclé son budget in extremis, pour compléter le financement apporté par son sponsor principal, la compagnie de ferries, DFDS. « La Route du Rhum a été un combat de tous les instants », raconte celle qui a fait ses premiers bords sur les petits dériveurs de la côte Est irlandaise.
Dans la même catégorie, Milan Koláček incarne lui aussi une première pour son pays, la République tchèque. Son bateau, mis à l’eau en 2026, s’est même offert un parrain de prestige : le gardien de but international Petr Čech.
Quant à Masa Suzuki, il pourrait être, cette année, le deuxième Japonais à boucler l’épreuve, et le tout premier en Imoca. À noter aussi la présence de Rupert Henry, un ingénieur suffisamment entiché par la Route du Rhum pour débarquer d’Australie, sur ses propres deniers…
Contrairement à lui, la plupart des skippers étrangers ont leur port d’attache en France, et notamment à Lorient, la ‘mecque’ de la course au large. Aucun n’est engagé dans la catégorie reine, celle des Ultim.
C’est que la course au large sur ces géants des mers, et sur les multicoques en général, reste une spécialité française. Et si des financements sont encore au rendez-vous, c’est grâce à l’impact populaire d’une course comme le Rhum. « Le solitaire fascine en France, nous rappelle ainsi le Malouin Franck-Yves Escoffier, triple vainqueur de la mythique transatlantique. Peut-être parce qu’on a toujours ce besoin d’avoir une ‘star’, même pour nos équipes de football… »
58 journalistes étrangers sont accrédités sur cette édition de la Route du Rhum. Ce sont des Italiens, des Belges, des Espagnols, des Britanniques, et en moindre nombre des Allemands, des Polonais et des Suisses. L'intérêt médiatique pour la Route du Rhum à l'étranger ne se cantonne pas aux publications spécialisées puisque des journaux généralistes sont représentés : La Stampa, Sky Sport, El País, Público, RTBF, La Libre Belgique, Le Temps, etc. Enfin, OC Sport Pen Duick nous indique qu'en 2022, 17,3 % des retombées médiatiques de la course étaient internationales.