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Avant que Pablo Pagis ne soit appelé par Zidane, son père avait longtemps attendu une reconnaissance qui n’est jamais venue.
Dix-huit ans plus tôt, son père espérait connaître le même bonheur. En novembre 2008, Mickaël Pagis expliquait qu’une seule convocation sous le maillot frappé du coq suffirait à « couronner » sa carrière. L’attaquant rennais avait alors 35 ans et savait qu’il n’incarnait plus l’avenir. Raymond Domenech reconnaissait néanmoins avoir étudié son cas : « Oui, je me suis posé la question. C’est une possibilité. » Une interrogation restée sans suite. Presque deux décennies plus tard, son fils Pablo s’apprête à franchir les grilles de Clairefontaine, brisant la malédiction familiale à seulement 23 ans.
La candidature du paternel avait pourtant des arguments éclatants. Le 5 octobre 2008, le « Pagicien » éclaboussait la Ligue 1 en signant un triplé retentissant face à l’Olympique Lyonnais (3-0), pourtant septuple champion de France en titre et invaincu. Son troisième chef-d’œuvre à la 67e minute — un enchaînement contrôle de la poitrine puis demi-volée téléguidée des 25 mètres dans la lucarne d’Hugo Lloris — avait enflammé les débats nationaux. Mais barré par une concurrence d’exception (Henry, Benzema, Anelka, Trezeguet), Mickaël payait une éclosion trop tardive au plus haut niveau. S’il n’a jamais enfilé le maillot des A sur gazon, il connaîtra plus tard une revanche tricolore en devenant capitaine de l’équipe de France de beach soccer.
La convocation de Pablo Pagis ne relève pas seulement d’une émouvante revanche dynastique : elle marque un tournant institutionnel majeur. En intégrant le groupe tricolore pour le déplacement en Italie le 12 novembre à Milan puis la réception de la Turquie le 15 novembre à Bordeaux en Ligue des Nations, le meneur de jeu devient le premier joueur du Paris FC appelé en équipe de France A depuis mai 1973, succédant à Louis Floch et Jean-Paul Rostagni. Plus d’un demi-siècle d’attente pour le club francilien, symbole de sa montée en puissance irrésistible.
« C’est un joueur que je veux voir. Il est intéressant, différent », a martelé Zinédine Zidane pour justifier son choix. Déjà présent dans la liste élargie, le stratège parisien a vu son intégration précipitée par le forfait sur blessure de Maghnes Akliouche. Mais son billet pour Milan ne doit rien au hasard : son intelligence entre les lignes, sa subtilité technique et son aisance dans les petits espaces ont totalement conquis le sélectionneur, au point d’inciter certains observateurs à esquisser des comparaisons avec le toucher de balle d’un Dennis Bergkamp.
Né le 29 décembre 2002 à Montbéliard lorsque son père défendait les couleurs du FC Sochaux, Pablo a lui aussi emprunté des chemins de traverse. Formé entre Rennes et Lorient, aguerri lors de prêts formateurs à Nîmes puis Laval, le Francilien n’a jamais porté le moindre maillot bleu chez les jeunes. C’est à la force du poignet qu’il a bâti sa légitimité : grand artisan de la montée des Merlus en 2024-2025 (5 buts, 7 passes), il a crevé l’écran l’exercice suivant en Ligue 1 en compilant 10 buts et 5 passes décisives, poussant le Paris FC à investir entre 15 et 16 millions d’euros lors du mercato estival 2026 pour en faire son maître à jouer.
Le père aura attendu ses 35 ans pour que le sélectionneur daigne « se poser la question » sans jamais franchir le pas. Le fils, lui, intègre le groupe d’un champion du monde à 23 ans en récompense d’une ascension constante. Plus qu’une génération d’écart, la famille Pagis a surtout changé de calendrier.