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Le vent automnal rafraîchit les rayons du soleil en cette fin du mois d’octobre. Au stade de Procé, au nord-ouest de Nantes, des enfants profitent des vacances scolaires pour improviser un match de football tandis que des trentenaires font leur sortie footing autour de la pelouse pendant leur pause déjeuner. Figé sur la piste d’athlétisme, vêtu de la veste de l’équipe de France paralympique, Alexandre Dipoko-Ewane observe la scène. Sauteur en hauteur paralympique, le natif de Saint-Herblain a récemment repris l’entraînement après deux ans d’absence. Son parcours est extraordinaire.
Lâché par ses sponsors après sa finale paralympique à Paris en 2024, Alexandre s’était éloigné des pistes d’athlétisme. « Une nouvelle mésaventure » dans sa carrière qu’il décrit faite « de hauts et de bas ». Succès, paternité, blessures et fusillade ont rythmé son chemin d’athlète. À 30 ans, le sauteur a fait de ce parcours une force et vise désormais les Jeux paralympiques de Los Angeles en 2028. Récit d’une histoire pas comme les autres.
L’enfant du quartier Bellevue est né avec une paralysie partielle du bras gauche, qui l’empêche notamment de lever son bras. « Je ressens comme des décharges électriques », décrit le sportif. « J’ai grandi avec cet handicap, donc je n’ai pas vraiment été impacté et j’ai appris à gérer la douleur. «
Avant les stades d’athlétisme, Alexandre découvre les pelouses de football. Fils d’un ancien joueur de football professionnel camerounais, le Nantais tape le ballon aux clubs de la Metallo puis de l’ASPTT Nantes. Il découvre l’athlétisme lors d’un cross organisé à l’école.
« Je connaissais pas le concept du cross. Ma mère m’a expliqué de foncer quand je courais. J’ai terminé deuxième et ça a été une révélation pour moi », se remémore le natif de Saint-Herblain.
En découvrant les disciplines, Alexandre révèle ses capacités physiques, notamment sa détente. Lors d’une séance, il s’essaye au saut en hauteur avec les autres enfants de sa catégorie et bat « le meilleur du club ». C’est décidé, il sera sauteur.
À 14 ans, il participe aux championnats du monde des moins de 16 ans. Une ascension fulgurante brutalement interrompue par une fissure au tendon, le contraignant à stopper l’athlétisme pendant plus de trois ans. « J’ai mal fait ma rééducation, parce qu’il y avait un manque de sérieux de ma part sur le plan de l’éducation et aussi car on ne me suivait pas très bien au niveau de la fédération », partage l’athlète de 30 ans.
Après plusieurs années d’absence, le sportif reprend les chemins des sautoirs mais son ancien entraîneur ne l’accepte pas car il estime qu’Alexandre doit « retrouver son niveau ». Le Nantais s’entraînera dans son coin avant de rencontrer Mike Falélavaki, son entraîneur au quotidien, qui accompagne Loïc Dalibert (décédé en 2025 N. D. L. R.), spécialiste des sauts, premier entraîneur de l’enfant de Bellevue.
Au quotidien, Alexandre compose sa semaine entre séances athlétiques, séances de sprints et exercices techniques. Des entraînements réalisés dans la bonne humeur et avec de la musique. « En compétition, j’ai aussi besoin d’extérioriser pour me déstresser. Ça ne m’empêche pas de rester sérieux. Et pour moi, le travail est déjà fait quand tu es en compétition, il faut juste kiffer (sic). »
Alexandre retrouve le plaisir et enchaîne les résultats en glanant deux titres européens en 2016 et 2018. Malheureusement, la douleur au tendon revient et le sauteur décide de se faire opérer, l’éloignant une nouvelle fois des pistes d’athlétisme.
De retour, Alexandre vise une première participation aux Jeux paralympiques 2021 à Tokyo. Une préparation marquée par le décès de son papa et la naissance de sa fille. « Je vais louper la barre à deux centimètres », se souvient-il. Deux centimètres qui le rattraperont quelques mois plus tard dans des circonstances plus dramatiques. Pendant l’été paralympique, Alexandre est victime d’une fusillade à Rennes.
J’ai pris une balle à deux centimètres de l’aorte.
Malgré ces « péripéties », le champion d’Europe 2016 et 2018 ne lâche rien et parvient à se relever pour réaliser son rêve et participer aux Jeux paralympiques de Paris où il termine à la 8ᵉ position, le tout devant sa famille.
Je suis entré en mode guerrier et je voulais rendre fiers mes proches. J’ai craqué après le concours quand j’ai eu ma fille dans les bras. C’était une scène magique car j’avais rêvé de faire les Jeux, le seul truc qu’il n’y avait pas dans mon rêve, c’était ma fille car je ne pensais pas être papa aussi jeune.
Après avoir vécu l’un des plus grands moments de sa carrière, le retour sur terre est brutal pour Alexandre. À l’instar de nombreux athlètes olympiques et paralympiques, le champion d’athlétisme perd ses sponsors après Paris 2024.
« C’était grandiose, on était mis sur un piédestal en tant qu’athlète. Le retour à la réalité a été difficile. J’ai perdu tous mes sponsors. J’ai eu l’impression qu’ils ont kiffé juste le moment puis m’ont abandonné. C’était dur de se redonner un objectif après avoir atteint le Graal », admet l’athlète paralympique.
Après Paris, Alexandre vise Los Angeles en 2028, une compétition où il espère partager des souvenirs avec sa fille. « Elle était trop petite à Paris, à Los Angeles elle pourrait vraiment s’en souvenir sans les photos », sourit le père de famille.
Dans le futur, le Nantais aimerait narrer son histoire, semée d’embûches, à travers un projet cinématographique. Que ce soit sur les sautoirs et dans sa vie personnelle, Alexandre veut franchir la barre et « être à la hauteur ».