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Au Parc OL de Lyon-Décines,
Maxime Lucu l’a reconnu dans un franc sourire : les Bleus ont regardé « en travers » le match Italie-Afrique du Sud en partageant le repas de samedi midi, quelques heures avant de prendre le meilleur sur les Fidji à Lyon (54-17). « On a vu qu’ils ont " fait du sud-af ", on n’était pas surpris », poursuit le Bordelais, entré à la rescousse à l’ouverture samedi soir après la grave blessure à l’épaule du malheureux Romain Ntamack.
Par « faire du sud-af », comprenez un broyage d’adversaire en règle, avec une addition dantesque à Turin (7-66), dont six essais inscrits en première période (neuf au total). Avant cela, il y a certes eu une surprenante défaite en Australie (42-38) le 27 septembre. Mais au vu de l’équipe très remaniée côté Springboks, il est plus logique de prendre en considération les trois succès en quatre test-matchs face à la Nouvelle-Zélande durant l’été.
« On sait qu’ils se diversifient beaucoup, reprend Maxime Lucu. Contre les All Blacks, ils ont su gagner de différentes manières. » De quoi faire plus que jamais du double champion du monde en titre (2019 et 2023) l’épouvantail absolu de la planète rugby, alors que cette armada sera au Stade de France vendredi (21h10) dans le cadre du Championnat des nations ?
Oui, oui, et archi oui, comme le prouvent les deux dernières oppositions en date entre Bleus et Springboks à Saint-Denis, lors d’un test-match il y a pile un an (17-32), et évidemment pour ce si douloureux quart de finale de Coupe du monde (28-29). « On le sait, on ne les a plus battus depuis 2022 [30-26 en test-match à Marseille] », ont tour à tour clamé Fabien Galthié et Maxime Lucu samedi soir. Tout en se gardant bien de préciser que l’Afrique du Sud avait carrément dompté les Bleus sur 9 des 10 derniers affrontements depuis seize ans…
Y a-t-il vraiment un monde où on imagine la bande à Antoine Dupont mettre fin à cette terrible série vendredi, malgré un contexte de reprise assez poussif et une avalanche de blessures préjudiciables, surtout à l’ouverture (Ramos, Jalibert, Hastoy, plus donc la dernière tuile en date Ntamack) ? « Ça n’est jamais mission impossible, assure Maxime Lucu. On sait que c’est dur de battre les Sud-Af, on a échoué plusieurs fois et on est tous frustrés dans le rugby français par rapport à ça. Tout le monde attend cette victoire et on en a besoin. »
C’est peu de le dire, et enrayer cette impitoyable machine de guerre est un brave chantier, comme ont pu le distiller plusieurs joueurs en zone d’interview après les Fidji, en prenant soin de ne pas se montrer trop admiratifs/respectueux.
Alors oui, il est temps que ça cesse, et « l’état d’esprit remarquable pour pallier les blessures » (dixit Maxime Lucu) ne suffira sans doute pas. Surtout en cas d’entame à l’envers comme contre les Fidji, car les conséquences seraient sans doute bien différentes au tableau d’affichage face à l’armada sud-af.
« Mais même avec tout notre déchet, pouvoir mettre autant de points [54 donc], c’est très prometteur pour la suite », note Aaron Grandidier-Nkanang. Celui-ci est forcément euphorique à l’idée de disputer son premier match au Stade de France depuis… la finale victorieuse des JO de Paris 2024 en rugby à 7 aux côtés d’Antoine Dupont !
De même, les premiers pas du nouveau coach de la défense au sein des Bleus Geoffrey Doumayrou sont plutôt encourageants, au vu des trois points seulement concédés après 65 minutes de jeu contre les Fidji. Et s’il y a bien un domaine dans lequel Fabien Galthié excelle, c’est pour distiller de la confiance dans son groupe lorsqu’une montagne se présente, même si la formule est publiquement saupoudrée d’une sacrée couche de mystère.
« Je pense qu’on va aller chercher des choses, a-t-il ainsi confié. On sait faire, on l’a déjà fait par le passé dans des conditions aussi difficiles. L’équipe de France va faire quelque chose qu’on n’attend pas d’elle. On a six jours pour faire quelque chose d’imaginable. »
« Inimaginable », le mot est lâché lorsqu’il s’agit de se mesurer à la bande à Rassie Erasmus. Fabien Galthié n’allait évidemment pas s’arrêter en si bon chemin : « Ce que je peux promettre, c’est qu’on va aller chercher quelque chose qui est profondément ancré en nous. Je sens ça au fond de moi, quand je vois la situation dans laquelle on est ». OK, on n’est pas prêt pour cet Invictus à la sauce frenchie.