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Durant la période chinoise à Sochaux, l'investisseur Wing Sang Li avait suggéré à son coach d'entamer les matches en infériorité numérique.
Selon So Foot, qui a recueilli les confidences de plusieurs acteurs de l’époque, une anecdote jusque-là inédite résume l’ère Wing Sang Li à Sochaux : l’actionnaire hongkongais aurait proposé à son entraîneur d’aligner dix joueurs seulement au coup d’envoi. Dans la riche histoire du football français, les rachats par des investisseurs étrangers ont souvent accouché de promesses grandiloquentes et de désillusions. Mais peu de clubs ont tutoyé l’absurde avec autant d’intensité que le FC Sochaux-Montbéliard sous pavillon hongkongais.
Lorsque le constructeur automobile Peugeot décide de passer la main en 2015, après près de neuf décennies de gouvernance patriarcale, les clés du club franc-comtois sont remises à l’homme d’affaires Wing Sang Li et à sa société d’éclairage Ledus. Séduit par le prestige d’une institution créée en 1928, le patron asiatique ne masque pas son engouement pour une certaine idée de la culture française. Problème : ses connaissances footballistiques auraient été proches du néant.
Le nouvel actionnaire ne s’est pas contenté de signer les chèques : il s’est mis en tête de révolutionner la tactique. Durant la saison 2017-2018, alors que les Lionceaux végètent dans le ventre mou de la Ligue 2, Wing Sang Li tente d’imposer ses visions à son entraîneur de l’époque, l’Allemand Peter Zeidler. Persuadé d’avoir trouvé une martingale pour déstabiliser les blocs adverses et créer un choc psychologique, l’investisseur fait une proposition à son staff : aligner délibérément dix joueurs seulement au coup d’envoi.
Dans l’esprit du dirigeant hongkongais, commencer une rencontre à dix contre onze devait inciter l’adversaire à se déconcentrer, à baisser sa garde et à s’exposer aux contre-attaques sochaliennes. Zeidler aurait écarté la proposition. L’épisode illustre l’amateurisme déroutant qui régnait à tous les étages du stade Auguste-Bonal. Les cadres du club et les figures du vestiaire sont poussés vers la sortie, remplacés par des intermédiaires opportunistes incapables d’enrayer la chute sportive.
Les lubies de la direction ne suffisent pas à masquer l’effondrement d’un modèle économique à bout de souffle. Après une seizième place alarmante en 2019, l’aventure de Wing Sang Li se terminera dans un champ de ruines financières, forçant les fidèles de Bonal à des années de galère administrative pour sauver leur blason de la liquidation. Si Sochaux a depuis entamé sa reconstruction, la consigne tactique des dix joueurs reste gravée dans les annales comme l’un des sommets d’incompétence managériale de l’ère moderne.