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ENTRETIEN. « J’ai envie de me tester face aux meilleurs joueurs du monde » : le Springbok Salmaan Moerat raconte pourquoi il a choisi de rejoindre le Stade Rochelais

Le deuxième ligne sud-africain, blessé aux cervicales en fin de saison dernière avec les Stormers, devrait disputer ce dimanche (21 h 05), face à l’UBB, son premier match de Top 14

« Quand j’ai vu l’atmosphère contre Toulouse, ça m’a conforté », indique Salmaan Moerat, ici à l’entraînement deux jours avant son premier match.

Comment vous sentez-vous après une telle absence ?

Ça a été un sacré parcours pour en arriver là. Je me suis blessé en Afrique du Sud, j’ai fait une partie de ma rééducation là-bas, puis, environ trois mois plus tard, j’ai pris l’avion pour Bordeaux et j’ai passé environ trois semaines avec Luc Senegas (kinésithérapeute à Bordeaux, NDLR) dont m’avait parlé Carlü Sadie (pilier sud-africain de l’UBB, NDLR). C’était incroyable. J’ai vraiment apprécié travailler avec lui. Il te fait bosser très, très dur. Mais j’en suis ressorti un meilleur athlète, plus fort.

Comment vous êtes-vous blessé ?

C’était sur une touche. L’équipe adverse a contesté le ballon dans les airs, le sauteur est retombé sur ma tête. Je n’ai pas senti de craquement mais mon cou était très raide et je sentais des fourmillements dans mes doigts. Ça a duré quelques secondes, j’ai eu un peu peur, mais c’est très vite parti. Et j’ai fini le match. J’en ai même joué deux autres ensuite. Après la demi-finale de l’URC contre le Leinster, j’ai recommencé à sentir une gêne, et c’est là qu’on a fait des examens et qu’on a vu que les cervicales étaient touchées.

« On a souvent échangé. Tout au long de mon parcours, le club a pris de mes nouvelles »

Avez-vous craint de ne plus pouvoir jouer au rugby ?

Il y a forcément un peu de doute au moment où tu apprends le diagnostic. Mais après avoir parlé avec des spécialistes et d’autres joueurs, j’ai été rassuré. J’étais prêt à relever le défi de revenir encore plus fort pour reprendre ma carrière. Il y a encore tellement de choses que je veux encore accomplir. Je me sens à 100 %, en confiance sur le terrain, sans la moindre hésitation.

Comment avez-vous été accompagné par le Stade Rochelais ?

Tout au long du process, ils ont fait preuve d’une grande confiance à mon égard. On sait comment ça se passe dans le rugby professionnel, ils auraient pu me dire « tu es sérieusement blessé, on ne veut plus de toi ». Mais non. Ils m’ont fait confiance, c’est aussi pour ça que j’ai ressenti la responsabilité de tout faire pour revenir dans la meilleure forme possible, avec un cou aussi solide que possible. J’ai tellement de gratitude à leur encontre pour m’avoir quand même permis de venir en France.

Aviez-vous Ronan O’Gara au téléphone, de temps en temps ?

Oui, on a souvent échangé. Tout au long de mon parcours, le club a pris de mes nouvelles, demandait si j’avais besoin de quoi que ce soit. J’ai aussi pu venir voir le premier match de la saison contre Toulouse (30-27 le 6 septembre, NDLR). Quelle ambiance il y avait… C’était incroyable. Je suis allé dans le vestiaire après le match et j’ai rencontré quelques supporters.

Salmaan Moerat a disputé ses premières minutes pour La Rochelle face à ses compatriotes des Lions, en Champions Cup
Salmaan Moerat a disputé ses premières minutes pour La Rochelle face à ses compatriotes des Lions, en Champions Cup

Pourquoi avez-vous décidé de quitter l’Afrique du Sud ?

J’ai passé des moments magnifiques là-bas, neuf années superbes avec les Stormers avec qui on a remporté l’URC (en 2022, NDLR), ce dont je me souviendrai toute ma vie. Mais je pense que j’avais besoin de changer d’air et de me lancer un nouveau défi. Le Top 14 est le championnat le plus dur au monde, et j’ai envie de me tester face aux meilleurs joueurs du monde.

Et le choix de La Rochelle ?

C’est l’un des meilleurs clubs au monde, qui a gagné deux fois la Champions Cup récemment, avec un style de rugby qui me correspond. Et quand j’ai vu l’atmosphère qui régnait ici pour le match contre Toulouse, ça m’a conforté dans mon choix. C’est un club familial, un aspect très important pour moi. Dès le début, ils ont voulu s’assurer que ma femme et nos enfants ne manquent de rien et soient heureux. C’était déterminant, avec évidemment l’envie de faire partie de l’une des meilleures équipes du monde, qui je l’espère pourra de nouveau gagner une Coupe d’Europe.

« Des gens ont douté de moi, et à juste titre car parfois, je n’ai pas joué à mon meilleur niveau »

Votre dernière cape avec les Springboks remonte à juillet 2025. Partir de votre pays natal est-il risqué si vous avez l’intention de rejouer en sélection ?

On est privilégiés en Afrique du Sud puisqu’on reste sélectionnables tout en jouant à l’étranger. J’espère pouvoir très bien jouer avec La Rochelle et pouvoir postuler à une place dans l’équipe. Mais pour l’heure, je me concentre sur mon retour, apporter le plus possible à mon nouveau club. Ensuite, on verra si je peux à nouveau prétendre à la sélection nationale.

La Coupe du monde 2027 est dans un coin de votre tête ?

Bien sûr, comme pour tout joueur de rugby professionnel. C’est la plus grande compétition. On a tous envie de représenter son pays.

Avez-vous parlé de votre choix de carrière avec le sélectionneur Rassie Erasmus ?

Durant une conversation, j’ai mentionné que j’envisageais de partir à l’étranger. C’était une bonne discussion, ça m’a permis d’avoir les idées claires. Il m’a encouragé. J’ai vraiment apprécié son soutien.

En 2024, il vous avait nommé capitaine des Springboks, puis il vous a soutenu face aux critiques. Avez-vous une relation particulière avec lui ?

On a une relation très professionnelle. Les autres joueurs et moi, on a un immense respect pour ce qu’il a fait pour notre pays. Quand il est arrivé, on était au plus bas, et il nous a emmenés au plus haut. J’espère que ça continuera ainsi pendant des années. Je suis très reconnaissant qu’il m’ait donné cette opportunité. Des gens ont douté de moi, et à juste titre car parfois, je n’ai pas joué à mon meilleur niveau. Je n’ai pas de mal à le reconnaître. C’est aussi pour ça que ce défi en France ne peut que faire de moi un meilleur joueur.

Le Top 14, c’est un bon championnat pour se préparer à peut-être rejouer avec les Springboks ?

En tout cas, ça te prépare au niveau des matchs internationaux. Tu joues contre certains des meilleurs au monde, avec un rugby à la fois extrêmement physique et très rapide. C’est très frontal, et selon moi, c’est ce que demande le rugby international : est-ce que tu vas m’arrêter, ou est-ce que je vais te passer dessus ? Ce championnat reproduit ça parfaitement.

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