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MMA : comment ce show sportif violent, malpoli et longtemps illégal a conquis la France
MMA
Pour son premier combat à l'UFC, Salahdine Parnasse (à droite) a affronté Dan Hooker en main event à Paris le 5 septembre dernier. © DR

Et là, dans ce décor lunaire, une éclaircie. Une fierté française. Le sourire d’un “bon gamin” – c’est son surnom – qui a donné aux amateurs de sport français une nouvelle raison d’être démesurément chauvins. Le 14 juin dernier, dans l’octogone installé au mépris de toute tradition et de toute notion de bon goût dans les jardins de la Maison-Blanche, Ciryl Gane s’est offert une victoire de prestige lors du 329e gala de l’UFC (Ultimate Fighting Championship). Dans la catégorie reine des poids lourds, le Français a battu Alex Pereira pour se hisser à la place de n°1 mondial, ne laissant plus qu’un homme se dresser entre lui et son rêve d’une ceinture de champion, le tenant du titre Tom Aspinall. Par deux fois champion intérimaire, et après trois tentatives ratées face à Ngannou en 2022, Jones en 2023 et Aspinall en 2025, Gane est devenu le premier champion français de la ligue la plus compétitive et la plus réputée des arts martiaux mixtes.

Alexis “Barboza” Nicolas

Alexis “Barboza” Nicolas (à droite), l'un des nombreux français à tenter l'aventure MMA après des années de kick-boxing.© DR

MMA, la NBA des sports de combat

La boucle a été bouclée pour Ciryl Gane, consacrant celui qui a été la première immense star française du MMA. Révélé sur le tard dans un sport qu’il a commencé à 27 ans, Gane a accompagné la notoriété fulgurante de cette discipline qui,  il y a encore six ans, était interdite sur le sol français, et même prête à être enterrée  par les pouvoirs politiques. La pierre tombale était gravée : en 2016, le député PS de l’Hérault Patrick Vignal était missionné par le Premier ministre Manuel Valls, afin de piloter un rapport parlementaire visant à abattre proprement la pratique du MMA en France. Contre toute attente, ce rapport censé aboutir à “l’interdiction afin de garantir sécurité et dignité” va préconiser la légalisation : en découvrant la discipline, Vignal en est devenu le premier défenseur. “Six ans après, la France est capable d’accueillir l’UFC et de remplir l’Accor Arena [20.000 places, ndlr] cinq  années consécutives, souligne Jérôme Pourrut, cofondateur de la ligue Hexagone MMA. Soit quelque chose a échappé aux politiques, soit on est devant un phénomène sociétal colossal.”
Dès que le feu est passé au vert, la machine MMA a alors conquis le public français à une vitesse folle. Parce que dans l’ombre, certains avaient déjà misé gros sur le fort potentiel de la discipline. Et notamment un média. À la fin des années 2010, RMC Sport perd coup sur coup les droits de diffusion de deux compétitions majeures de football : la Premier League et la Ligue des champions. “Ça, on le savait deux ans avant que ça n’arrive, retrace Laurent Salvaudon, ancien directeur de la rédaction. Alors avec les équipes, on s’est réunis pour savoir ce qu’on pouvait faire pour remplir la grille.” Le MMA faisait déjà partie du catalogue de la chaîne, édité depuis le Luxembourg. “La pratique était interdite en France, on ne pouvait la diffuser qu’en éditant depuis l’étranger, précise l’ancien dirigeant. On n’avait pas cinquante choix, on allait devoir faire monter un sport qu’on avait déjà sous la main, sauf que celui-là était interdit, hyper mal vu, et se pratiquait dans une cage. Moi-même, il a fallu que je casse mes propres clichés.”

Salvaudon est néanmoins convaincu très rapidement : “Au niveau marketing et esthétiquement, l’UFC est un très beau produit, c’est un peu la NBA des sports de combat: rapide et très adapté à nos sociétés.” Surtout, il s’attelle à établir une méthode pour contourner le caractère potentiellement obscur de la discipline : se reposer sur des histoires et des personnages. Et notamment un : Ciryl Gane. RMC, qui se fait déjà connaître à l’époque pour sa capacité à introduire beaucoup de storytelling autour d’affiches de Ligue des champions, voit dans le MMA un laboratoire parfait pour perpétuer cette tradition et attirer une nouvelle génération.
Le “film” conçu par RMC Sport autour du combat pour le titre de Ciryl Gane face à Francis Ngannou passionne plus d’un million de personnes, grâce à une promesse simple : l’outsider français face à l’homme qui tape le plus fort au monde. “Ça touche des instincts primaires, se rappelle Salvaudon. La chose sur laquelle tu arrives à activer le public, c’est : est-ce qu’il va le faire ? C’est le même stimulus intellectuel que les JO : tu regardes pour voir si le Français va faire l’exploit, tu n’as pas besoin de comprendre les règles.” Cette mécanique basique était déjà à l’origine de la création de l’UFC — Ultimate Fighting Championship, littéralement le “Championnat du combattant ultime”. “Le MMA, c’est un film de Bruce Lee grandeur nature, explique Jérôme Pourrut. Ce qui excite les gens, c’est de savoir qui est le combattant le plus fort du monde : le karatéka ? Le boxeur ? Le lutteur ?”

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