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Qui aurait parié sur lui ce 26 octobre 1986 ? À Adélaïde, Alain Prost, aujourd'hui âgé de 71 ans, s'est élancé en outsider et il en est reparti avec sa deuxième couronne mondiale, un titre dont il vient de fêter les 40 ans. Ron Dennis, alors patron de McLaren, n'a pas manqué de louer la "force de son talent et de sa lucidité", chez un pilote qui a couru "en économisant chaque goutte de carburant et de gomme", comme le rappellent nos confrères de Sports.
Sur le papier, pourtant, l'affaire semblait pliée pour Williams-Honda. Nigel Mansell abordait ce Grand Prix d'Australie avec six points d'avance sur Alain Prost et sept sur Nelson Piquet, si bien qu'un simple podium lui garantissait le sacre. Nelson Piquet a d'ailleurs vite pris les commandes, tandis que le pilote McLaren restait en retrait. Au 32e tour, une crevaison lente a même renvoyé le Français à son stand. Quatrième et à plus de vingt secondes de la tête, il a alors entamé une remontée méthodique, en ménageant son essence et ses pneus Goodyear.
Puis tout a basculé à moins de vingt tours de l'arrivée. Troisième, donc encore en position d'être sacré, Nigel Mansell a vu son pneu arrière gauche exploser dans la ligne droite Brabham Straight. Le Britannique a réussi à immobiliser sa monoplace, mais ses espoirs de titre se sont envolés. Inquiète, l'écurie Williams a aussitôt rappelé Nelson Piquet aux stands par sécurité, ce qui a offert la tête à Alain Prost. Le Français a tenu jusqu'au drapeau à damier et il est devenu le premier pilote depuis Jack Brabham en 1960 à conserver son titre.
Le plus étonnant ? Les battus n'ont pas cherché d'excuses. "C'est cruel de perdre le championnat ainsi", a reconnu Nigel Mansell, avant de saluer un rival qui "a géré sa course en maître" et qui "mérite amplement ce titre". Nelson Piquet a suivi le mouvement, en jugeant Alain Prost "irréprochable toute l'année avec un matériel moins puissant que le nôtre". Quant à Ron Dennis, il a carrément parlé de l'une des victoires "les plus extraordinaires de l'histoire de notre équipe", alors que "tout le monde voyait les Williams intouchables" ce week-end-là.
Le principal intéressé, lui, garde une tendresse particulière pour ce sacre. "C'est incontestable, 1986 est mon plus beau titre", confiera-t-il par la suite, en rappelant qu'il l'a décroché avec une McLaren-TAG "un peu inférieure à la Williams-Honda". Mais à l'en croire, le Professeur n'avait presque rien laissé au hasard. "On savait qu'à la régulière, on ne pouvait pas gagner", expliquera-t-il à L'Équipe. Alain Prost a donc multiplié les essais avec beaucoup d'essence, à "40 litres, 80 litres", pour observer le comportement des pneus et des freins. Il a ainsi repéré une énorme usure des pneus, pendant que Nelson Piquet et Nigel Mansell "se bagarraient sans essence pour faire le meilleur temps". Et cette découverte, McLaren s'est bien gardée de l'ébruiter : "nous, on essayait de le cacher". À Adélaïde, le pneu de Nigel Mansell a fini par lâcher, et la couronne a changé de tête.