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Route du Rhum. "Plusieurs ont joué de malchance" : comment expliquer les abandons de nombreux favoris ?
Les bateaux d'Armel Le Cleac'h et de Tom Laperche.
Les bateaux d’Armel Le Cleac’h et de Tom Laperche.

Armel Le Cléac’h, Anthony Marchand, Alexis Loison, Charles Caudrelier… Alors que la météo annoncée sur la 13ᵉ Route du Rhum promettait mer d’huile et pétole sur le trajet, la liste des abandons parmi les favoris n’a cessé de s’allonger depuis le départ dimanche 1ᵉʳ novembre 2026.

La reine des transatlantiques est-elle très capricieuse cette année ? Le directeur de course Francis Le Goff ainsi que deux anciens vainqueurs, Michel Desjoyeaux et Yoann Richomme, ont livré leur analyse à l’AFP.

Un nombre d’abandons inhabituel ?

Depuis le coup de canon dimanche à 13 h 02, 10 voiliers sur les 115 engagés ont abandonné (3 Ultim, 1 Ocean Fifty, 2 Imoca, 3 Class40 et 1 Vintage Multi) et trois chavirages, le cauchemar des marins, ont eu lieu entre Saint-Malo et la Guadeloupe.

Après trois jours de course, c’est exactement le même nombre qu’en 2022. Et on est encore loin des chiffres catastrophiques de la Route du Rhum 2002, où seulement trois des 18 multicoques en lice avaient atteint l’arrivée.

« Avec 115 bateaux au départ, il y a forcément de la casse », avance Michel Desjoyeaux, l’un des rescapés de 2002, vainqueur en 13 jours sur son Orma.

La réalité, c'est que ce n'est pas si facile que ça : une transatlantique, ce n'est pas anodin.

Mais ce qui frappe cette année, c’est surtout le nom des concernés : Armel Le Cléac’h, titré sur le Vendée Globe, Alexis Loison, dernier vainqueur de la Solitaire du Figaro, Jérémie Beyou pour sa dixième année à la barre de l’Imoca Charal…

« Est-ce que c’est dû à la fatigue, au stress, à la taille de l’événement ? Ce n’est pas une question de niveau, mais ce qui est certain, c’est que plusieurs ont joué de malchance cette année », commente Yoann Richomme.

Une météo différente ?

« On était sur une situation de départ très confortable, avec des premières heures de course assez tranquilles et peu de mer sur le large », a raconté Francis Le Goff, directeur de la course depuis 2022. Cette météo clémente a peut-être joué en défaveur des favoris, qui ont pu y avoir une opportunité de tirer leur épingle du jeu rapidement, sans se ménager.

Il fallait mettre le pied au plancher tout de suite. Le niveau a augmenté partout dans la flotte, chez les mecs, chez les filles, on se tire la bourre et cette pression-là n'est pas facile à mesurer.

Après les bonnes conditions du départ, les marins ont aussi dû composer dès lundi avec une mer Celtique très désordonnée, sans avoir eu à affronter la dépression automnale habituelle servant à s’adapter. « On quitte Saint-Malo, ça part cool et d’un coup ça forcit, c’est pas forcément évident à gérer », selon Yoann Richomme.

« Il n’y a pas eu de gros fronts à passer. Donc pour les chavirages, ce sont plus des histoires de mer que de vent », estime Francis Le Goff.

Des bateaux plus instables ?

Les trimarans, premiers concernés par les chavirages spectaculaires, sont plus rapides et puissants qu’auparavant, mais pour ce qui est de la stabilité, « c’est kif-kif », dit Michel Desjoyeaux.

Les bateaux ont grandi, avec de la technologie embarquée qui va plutôt dans le bon sens pour notre sécurité. Mais la navigation, ça reste beaucoup d'humain. Un multicoque, ça chavire, un catamaran de croisière aussi d'ailleurs.

Le Maxi Edmond de Rothschild de Charles Caudrelier avait été mis à l’eau en février et avait peu d’heures de répétition sur l’eau. L’Actual d’Anthony Marchand a percuté un objet non identifié alors qu’il naviguait à 40 nœuds (74 km/h).

Armel Le Cléac’h, lui, avait déjà connu un chavirage sur un Ultim pendant la Route du Rhum 2018. Légèrement en avance sur « Le Chacal » au moment de l’accident, Tom Laperche (SVR Lazartigue) a évoqué mercredi matin une mer très agitée et des rafales de vent.

Et pour les jours à venir ?

Pour Tom Laperche, le plus dur est presque fait. Avec une avance conséquente sur ses principaux poursuivants, il va pouvoir lever un peu le pied et éviter de prendre des risques alors qu’il ne lui reste plus qu’un long bord à effectuer vers la Guadeloupe.

Au cœur de la flotte par contre, la situation est appelée à se dégrader. Une première grosse dépression tropicale devait balayer les Class40 dans la nuit de mercredi à jeudi et du vent de 30 à 40 nœuds (55 à 74 km/h) devait s’abattre sur les Imoca.

Avec AFP.

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