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En mémoire de sa fille Cerise, cet ancien rugbyman pro va gravir l'Aconcagua pour les enfants malades
Jean-Philippe Bonrepaux porte un magnifique projet en faveur des enfants atteints de maladies cardiaques, avec sa fille Cerise dans le coeur.
Jean-Philippe Bonrepaux porte un magnifique projet en faveur des enfants atteints de maladies cardiaques, avec sa fille Cerise dans le coeur.

Le 28 décembre prochain, Jean-Philippe Bonrepaux sera en train de gravir le plus haut sommet du continent américain. C’est sur les pentes de l’Aconcagua, colosse argentin de 6962 mètres, que l’ancien talonneur de Toulouse, Pau, Dax, Tarbes, Bourgoin, Béziers, Brive et Lyon honorera la mémoire de sa fille Cerise, décédée dans un accident de ski le 28 décembre 2024, à Gourette dans les Pyrénées. Elle était âgée de 13 ans seulement et depuis son départ, l’ancien préparateur physique de l’Aviron Bayonnais marche son chagrin. Fou de montagne depuis toujours, ce Toulousain d’origine s’y est remis « à fond ». Et il a choisi de retrouver dans la montagne ce qu’il y connaît depuis toujours : le dépassement et de soi et la persévérance pour donner à ses ascensions une autre dimension. Celle d’aider à sauver des enfants atteints de maladies cardiaques, à travers l’association Summits of My Heart, relais de Mécénat Chirurgie Cardiaque.

La montagne pour avancer autrement 

« Souvent, on me dit que ça me permet de m’évader. Oui, c’est probablement un exutoire… C’est hyper difficile de mettre des mots en fait. Disons que ça me fait plus de bien que regarder une casserole pendant des heures. Ça, je l’ai eu fait et je le fais encore… Je dirais surtout que, comme le boulot (il est pompier professionnel à Tyrosse, NDLR), ça me permet de me rendre utile et de donner du sens à ce qui n’en a pas. Parce que cette situation va nous suivre toute notre vie. Chaque heure, chaque minute et chaque seconde de chaque jour », livre-t-il dans un souffle.

« Je me suis un peu enfermé dans la montagne », reconnaît-il.

"Quand on marche, on réfléchit automatiquement et il y a des moments très difficiles, même violents, parce que le cerveau tourne. Mais on se sent quand même coupé du monde et de la réalité. Et quand je reviens à la maison, c'est vraiment très compliqué. À chaque fois, j'ai l'impression que je vais la retrouver sur le canapé..."

Alors, sans chercher à donner un sens à l’impensable, Jean-Philippe Bonrepaux a choisi de poursuivre ses ascensions. Pour Cerise, mais aussi pour permettre à d’autres enfants de vivre.

En avril dernier, il a contacté Claire Dupont, la fondatrice de Summits of My Heart. Cet été, il a lancé une collecte en ligne afin de réunir les premiers 12 000 euros nécessaires à l’opération d’un enfant. Il y a un mois et demi, il a choisi l’Aconcagua, conseillé par ses deux cousins guides de haute montagne.

Près de 10 000 euros déjà récoltés

Il est soutenu dans cette démarche par son épouse, Sandra, et leur fille aînée, Aglaé, âgée de 20 ans : « Elles étaient toutes les deux là lors de l’accident de Cerise. Moi, j’étais resté avec ma maman après Noël car mon papa était décédé depuis peu de temps. Pourtant, pour les filles, la neige est synonyme d’horreur désormais. Mais elles sont ok pour soutenir mes projets en montagne, s’ils sont faits pour Cerise et surtout pour sauver des vies. »

S’il a récolté près de 10 000 euros à ce jour, l’ancien rugbyman, âgé de 47 ans, ne touchera pas un centime des dons reçus jusque-là. Il a financé seul l’expédition, les vols pour l’Argentine, tout le matériel à acheter pour tenir à des températures pouvant aller jusqu’à -30 degrés.

« Je suis juste une sorte de messager. Je ne le fais pas pour me faire plaisir. Je ne cherche pas la lumière. Malheureusement, je ne peux plus rien faire pour Cerise. Tout ce que je veux, c’est sauver ceux à qui il reste encore une chance. Et quand je dis » je «, c’est » on « avec toutes les personnes qui me soutiennent, font des dons, m’aident à avancer et sont touchés par la cause. »

« Je disais à ma femme que je voudrais récolter l’argent comme Daft Punk, sans qu’on me voie. Mais ce n’est pas possible. » Lui qui a toujours préféré la discrétion, accepte aujourd’hui de se rendre visible, convaincu que cette exposition peut lui permettre de mobiliser davantage autour de la cause. Alors, il force sa nature. 

« J’ai la sensation que plus je monte, plus je me rapproche de Cerise, des étoiles »

Quand il grimpe, ce papa a l’impression de retrouver sa fille, quelque part. « J’ai la sensation que plus je monte, plus je me rapproche de Cerise, des étoiles. Je me dis que mes battements de cœur, ce sont les siens. Je le fais pour me rapprocher d’elle, j’ai l’impression de sentir sa présence un peu plus… Et puis, je le fais aussi parce qu’il y a des gamins à sauver. À force de grimper pour elle, je me suis dit que ce serait bien de le faire utile, bordel ! »

Une nouvelle bataille à défendre, chaque jour, à chaque pas. Un nouveau « mode de vie », même. « Je n’ai pas choisi la vie que j’ai aujourd’hui mais je peux choisir le combat que je veux mener », pose-t-il.

"À chaque fois que je monte, je laisse un coquillage avec un petit mot au sommet pour Cerise, afin de l'amener au plus haut. Il y a énormément d'émotions quand je grimpe. J'ai fait énormément de sorties avec beaucoup de retenue, pas même un sourire. Et quand j'arrive au sommet, c'est le point final de tout ça."

Jean-Philippe Bonrepaux amènera Cerise plus haut que jamais en décembre prochain, durant cette expédition qui durera 14 jours environ. Une ascension symbolique, à quelques jours du deuxième anniversaire de la disparition de Cerise, avec un objectif précis : réunir les fonds nécessaires pour sauver un premier enfant, puis un autre et encore un autre… 

« Je ne peux pas la ramener mais je peux avancer et tant que je suis là pour me dépasser, des enfants pourront être opérés et peut-être être sauvés ». Il a déjà en tête d’autres sommets. Et, plus proche des siens, une participation à la Swim Run d’Hossegor en mai prochain, avec ses 40 km de nage et de course dans le sable.

« Quand tu fais 97 kg pour 1,74m, tu coules plus que tu nages mais je me prépare. C’est la continuité du projet pour moi. J’essaie de m’ouvrir à autre chose que la montagne et de me donner un but. Mon objectif, via les valeurs de résilience et de dépassement de soi, et de pérenniser cet engagement. »

Un engagement qu’il souhaite poursuivre au fil de ses défis, avec l’espoir de mobiliser toujours davantage de personnes. Et de permettre à d’autres petits coeurs de continuer à battre.

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