Retour
Pour sa première titularisation en Champions Cup ce samedi 17 octobre, Justin Bouraux a été jeté dans le grand bain européen face au Leinster. Face à une province irlandaise qui s’apparente presque au « XV titulaire de l’équipe d’Irlande », le Sanclaudien de 24 ans a dû relever un immense défi, son premier en Coupe d’Europe. Pour l’occasion, et contrairement à ses habitudes d’ouvreur, c’est au poste d’arrière qu’il a débuté la rencontre. Malgré la défaite (48-23), la première période a été porteuse d’espoirs, Clermont menant d’un point à la pause. Mais la suite a révélé l’exigence du très haut niveau. « C’est là la différence entre le haut niveau et le très haut niveau, ce sont des détails sur lesquels eux ont réussi à maîtriser certaines choses et pas nous, analyse-t-il.
Ce match prestigieux illustre le changement de vie de Justin Bouraux. L’an dernier encore, il disputait une saison pleine en ProD2 avec l’US Oyonnax (28 matchs), s’imposant comme l’un des meilleurs réalisateurs du championnat grâce à sa précision face aux perches et son apport offensif (4 essais) jusqu’en demi-finale des phases finales.
Mais l’appel du Top 14, le plus grand championnat du monde, était trop fort. Ayant déjà goûté à l’élite avec les Aindinois il y a trois ans, il n’avait qu’une idée en tête : y revenir. « C’était vraiment quelque chose auquel je voulais regoûter. J’attendais cette évolution et Clermont est venu toquer à la porte. C’est un club en reconstruction, mais c’est surtout un historique. Il a touché le Brennus, les trophées européens. J’avais déjà joué ici avec Oyonnax, c’est vraiment une atmosphère unique », confie-t-il. L’opportunité de rejoindre l’ASM, club historique, en reconstruction, s’est présentée comme l’évolution logique de sa carrière.
En posant ses valises en Auvergne, le Jurassien a découvert l’ambiance électrique du stade Marcel-Michelin. Une fois plongée dans le Volcan, sur la pelouse, la connexion avec le public est immédiate : « On sent vraiment une fusion entre les joueurs et les supporters, même dans les moments durs c’est différent et c’est ça qui nous transcende pendant les matchs, qui nous pousse à nous surpasser. »
Au-delà d’un stade iconique, c’est la ferveur globale qui le stupéfait le plus. Dès la pré-saison, à des heures de route de Clermont-Ferrand, des supporters faisaient le déplacement. Une passion qui se confirme en championnat, de La Rochelle à Bayonne. « C’est quand même fou de voir qu’ils traversent la France pour soutenir l’équipe. En tant que joueur, oui ça pousse, c’est une force en plus. Quand tu es fatigué, tu ne te sens pas seul, tu te surpasses pour l’équipe et pour eux. »
Pour s’imposer, Justin Bouraux doit faire face à un solide défi. Arrivé dans la peau de la doublure du capitaine et demi d’ouverture titulaire, le Néo-Zélandais Harry Plummer, il accepte la hiérarchie avec philosophie. « Tant que je suis sur le terrain, le poste m’importe peu », glisse celui qui a déjà enchaîné trois titularisations (une à l’ouverture, deux en tant qu’arrière) après avoir manqué les deux premiers matchs en raison d’un banc à six avants. Cette situation lui permet d’apprendre aux côtés d’un ouvreur d’expérience, un joueur « vraiment complet » qui fait office d’exemple pour tout le groupe. « À chaque fois, il revient le lundi matin en étant le plus motivé et le plus enthousiaste d’entamer la semaine, alors que c’est souvent celui qui a le plus encaisser et c’est ça qui m’impressionne le plus. »
Au quotidien, il découvre aussi le management de Christophe Urios. Un entraîneur dont il apprécie la droiture : « C’est quelqu’un de très franc, c’est un truc que j’aime. Tu sais pourquoi tu joues ou pourquoi tu ne joues pas. » Haut en couleur et connu pour son franc-parler, le manager, lui aussi passé par Oyonnax il y a pas mal d’années, reste fidèle à sa personnalité. « Il est pareil dans l’équipe que devant la presse, c’est vraiment le même personnage. »
Alors que tout s’enchaîne à toute vitesse depuis son départ d’Oyonnax, « on n’a pas le temps de se poser trop de questions » sourit-il, Justin Bouraux garde la tête sur les épaules. Ses objectifs avec les Jaunards sont clairs : « engranger le plus de minutes possible, continuer à progresser et aider l’ASM à remonter dans le classement ». Le voyage ne fait que commencer.