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Les yeux plissés par le vent, Yanick Rebuffat profite d’un village de la Route du Rhum à Saint-Malo encore endormi pour s’assurer que son bateau résiste bien aux rafales.
Dès 8 h, ce mercredi 21 octobre, le skipper de 54 ans inspecte la tension dans les bouts et le fonctionnement du matériel sur son Class40.
Emmitouflé dans son manteau, Yanick s’affaire seul sur la poupe de son « Mussolo 40 ». « Je mène ce projet tout seul. Je n’ai pas d’équipe technique, pas d’équipe de com, pas d’équipe du tout en fait », lance-t-il souriant.
La solitude n’entame pas le moral du marin qui réside en Guadeloupe depuis près de 30 ans. « Je suis hyper content d’être là. C’était une aventure de me présenter au départ, notamment d’un point de vue financier. Donc, c’est déjà une belle victoire. »
Pour mettre à flot son navire, Yanick s’est échiné à la tâche. La journée, il travaillait dans un chantier naval et, le soir, il s’attelait à la préparation de son Class40 de 19 h à minuit. « Il a fallu faire des concessions pour vivre mon rêve égoïste. On n’a pas pris de vacances avec ma famille depuis deux ans et ma femme a dû prendre le relais avec les enfants parce que je bossais pour retaper mon bateau après le travail. Je sais que je leur suis redevable. Mes enfants et ma femme me permettent de vivre ça et de les faire rêver à mon tour. »
Il peut également compter sur sa sœur Caroline pour préparer la course. Il déclare avec fierté : « Ma sœur, c’est un peu ma coach ! »
ballotté par les quelques remous du bassin Vauban, le skipper entre dans son bateau. Les surfaces jaunes sont couvertes de dessins, de graffitis et de mots d’encouragement colorés comme : « Super Papa ! »
Tout compris, bateau, inscription, j’arrive à 220 000 € de budget.
Le bateau à la coque mauve est baigné de couleurs. Le confort, lui, manque. « Pour que ça rentre dans le budget, il faut sacrifier un peu le confort. J’ai un pouf à billes, un duvet, un réchaud de montagne et un petit évier. » Yanick ne se lamente pas, il fait avec. « Je pense que j’ai le plus petit budget de la course en comptant l’achat du bateau. Mais, rien que pour mes voiles basiques, c’est 30 000 €. Ma femme m’a dit : » Tu ne partiras pas avec une vieille grand-voile. « Je n’ai pas négocié. »
Classé dernier des 49 skippers dans le classement des favoris publié sur le site de l’événement, le Guadeloupéen d’adoption affiche pourtant sa détermination. « Je ne suis pas certain que ce soit le plus mauvais des bateaux et je sais le faire avancer. Si je boucle le projet en solitaire, ce serait une victoire que je pourrais fêter avec ma famille et mes amis en Guadeloupe. J’aurais réussi une chose de difficile que tout le monde n’est pas capable de faire. »