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Quand il est entré à l’abbaye bénédictine Saint-Pierre de Solesmes (Sarthe) pour devenir religieux, Enguerrand Boissonnet a laissé derrière lui son téléphone portable, une vie professionnelle intense et une pratique sportive régulière.
Pourtant, dans un coin de sa cellule monastique, une paire de chaussures de sport attend. Non pas de recourir dans les rues de New-York, de Paris ou dans le bois de Boulogne, mais plutôt à l’intérieur de la clôture du monastère. Et au premier trail consacré à Prosper Guéranger, le prêtre sabolien qui a relancé l’ordre bénédictin en France, il y a presque 200 ans.
« Je me suis mis à la course à pied au début des années 2010 parce qu’un client m’a proposé de participer au marathon de New York et de rejoindre un groupe d’entraînement, pendant un an, pour le préparer. »
À raison de deux entraînements par semaine et de courses régulières en région parisienne et en province, le jeune homme se prend au jeu. Au retour de New-York, il continue à avaler le bitume, mais de manière moins intense.
« La course à pied participait à mon équilibre personnel. J’en avais besoin parce que je travaillais beaucoup. C’en était presque devenu une drogue. »
En 2015, le futur moine vit une expérience humanitaire intense auprès des Chrétiens d’Orient. À son retour, il se met en tête de monter un groupe qui aurait pour objectif de courir le semi-marathon de Paris tout en continuant à faire vivre cette rencontre marquante avec les chrétiens du Proche-Orient.
« De la première expérience de préparation du marathon de New York en groupe, j’avais gardé un souvenir d’une ambiance conviviale. J’avais envie de retrouver ça. » Cette deuxième expérience l’a mené à une nouvelle participation au marathon de NewYork, en 2017.
Depuis quatre années maintenant qu’il est entré au noviciat de Solesmes, le quarantenaire profite de rares temps de détente pour enfiler ses chaussures de sport et tourner sur un circuit de 800 m que lui et quelques autres moines joggers ont repéré dans les jardins.
« J’ai moins de temps qu’avant pour courir, précise le religieux. C’est pour cela que je me suis inscrit seulement pour le 12 km du Trail de Dom Guéranger. Je n’ai plus les 30 km dans les jambes. Le jour de la course, je porterai la tunique de travail des moines et des tennis. Je mettrai le t-shirt de la course par dessus. Je serai facile à repérer. »
Facile. Oui. Parce qu’il sera le seul moine à participer à cet événement qui porte pourtant le nom du fondateur de leur congrégation, dont le procès en canonisation est en cours. « En fait, à l’heure de la course, les autres moines seront à la messe. Le Père Abbé m’a donné l’autorisation d’y participer. » Un visa de sortie exceptionnel justifié par sa vie passée de marathonien.
Samedi prochain, une fois la messe conventuelle terminée, des membres de la communauté sortiront aussi de derrière leurs hauts murs pour se tenir à disposition du public et répondre à leur questions.
La veille, Dom Kemlin, le Père Abbé aura béni les médailles qui seront distribuées aux centaines de participants de la première édition du Trail de Dom Guéranger.
Trail de Dom Guéranger. Samedi 24 octobre. Parcours de 6, 12 et 30 km. Premiers départs à 9 h de l’Espace Henri-Royer à Sablé-sur-Sarthe. Arrivées devant l’abbaye de Solesmes à partir de 10 h.