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Roux de Bézieux en patron des patron(ne)s d'Alpes 2030: fini le modèle français misant sur des champions sportifs, place au champion des coûts maîtrisés
L'ancien patron du Medef a été nommé à la tête de France 2030.

« Il y a deux composantes qui doivent faire partie de la palette de compétences : une dimension sportive dans le parcours et une dimension montagne. Je pense que ce sont les deux fondamentaux ». Ou le portrait-robot du parfait patron d’Alpes 2030 esquissé par Amélie Oudéa-Castéra, la présidente du Comité national olympique français (CNSOF), alors qu’en septembre dernier, Edgar Grospiron venait tout juste de prendre la porte. A l’ancien champion olympique de ski acrobatique, vient donc de succéder Geoffroy Roux de Bézieux, 64 ans, et force est de constater que l’ex-président du Medef (2018-2023) ne coche pas exactement toutes les cases énoncées par AOC.

Sauf à considérer qu’un passé comme demi d’ouverture de l’équipe de rugby amateur des « Black pampers », des sorties cyclotouristes avec le club Paris-Deauville ou le forfait ski annuel à Val d’Isère puissent suffire en termes de « dimension sportive et montagne dans le parcours. » Le profil de l’ancien patron des patrons ressemble plus à celui dressé, à la même époque, par le président de la Région Sud, Renaud Muselier, à savoir celui d’un « chef qui puisse cheffer ».

Nouvelle erreur de casting ou homme providentiel enfin trouvé, la désignation de Geoffroy Roux de Bézieux marque dans tous les cas la fin d’un certain modèle français, celui qui consistait à confier à un ancien glorieux champion la direction seule ou partagée des grands événements sportifs organisés à la maison. Le triple médaillé d’or olympique de ski, Jean-Claude Killy, avait inauguré la formule, en duo avec Michel Barnier, pour les JO d’hiver 1992 à Albertville. Ce fut un tel succès que six ans plus tard, le président François Mitterrand imposa Michel Platini comme co-président de la Coupe du monde de football 1998. L’alors président de la Fédération française (FFF), Fernand Sastre, se serait bien vu comme seul et unique taulier, reléguant « Platoche » au rôle de simple ambassadeur. Mais le triple Ballon d’or (1983-1985) s’était montré très ferme : « Je veux être le patron ou rien ». D’où l’idée de Mitterrand d’associer Platini et Sastre, soit deux patrons plutôt que rien.

Malgré la réussite aussi éclatante du Mondial 1998 que des JO de 1992, la France et Paris crurent bon de candidater pour les jeux Olympiques 2008 puis 2012 sans grand sportif en tête de gondole. A quoi bon s’embarrasser d’un ancien porteur de survêtement, aussi légendaire soit-il, quand des pointures comme le maire de Paris, Bertrand Delanoë, ou les grands patrons Claude Bébéar (2008) et Arnaud Lagardère (2012) se trouvent à la barre du navire ?

Mais le double échec fut cuisant, notamment celui de 2012, avec face à la capitale française, une candidature de Londres menée de main de maître dans le sprint final par un certain Sebastian Coe, double champion olympique du 1500 m (1980-1984). Au moment de se lancer à l’assaut de l’organisation des JO de 2024, Paris voulait son « Coe », et ce fut le triple médaillé d’or olympique de canoë (2000, 2004, 2012), Tony Estanguet, qui fut désigné, avec le succès que l’on sait.

Edgar Grospiron était censé devenir à son tour le « Tony Estanguet des montagnes », selon la formule même d’Emmanuel Macron. Le champion olympique de bosses d’Albertville 92 ne fut que le « Grospiron des vallons » : pas assez de hauteur, de moelle, de vision, et un contexte économico-politico-montagno-sportif qui le tira encore plus vers le bas.

Avec Geoffroy Roux de Bézieux comme nouveau patron des patron(ne)s d’Alpes 2030 (présidents des régions AURA et Sud, présidentes du CNOSF et du Comité paralympique), l’organisation des grands évènements sportifs made in France oublie ses fondamentaux pour se rapprocher du modèle américain. L’entrepreneur hollywoodien Casey Wasserman est le seul boss des JO de Los Angeles 2028, comme l’homme d’affaires spécialisé dans le tourisme, Peter Ueberroth, l’avait été pour LA 84. A la différence qu’aux Etats-Unis, les Jeux sont 100% financés par le privé alors qu’en France, un quart du budget de l’organisation d’Alpes 2030 est assuré par l’État et les régions. Un pourcentage qui peut grimper jusqu’à 38% si l’on inclut les infrastructures (sites des épreuves, village des athlètes, centres des médias…)

Avec un budget actuel de 2,135 milliards d’euros, des risques de dépassement voire d’explosion qui font froid dans le dos, et un seul gros partenaire officiel (EDF) de signé à ce jour, c’est donc avant tout un champion des coûts maitrisés et des sponsors à débusquer, que le bureau exécutif du Cojop Alpes 2030 est allé chercher en la personne de Geoffroy Roux de Bézieux. Le chef va cheffer, l’entrepreneur va entreprendre, mais dans un pays divisé aux extrêmes, socialement à fleur de peau, désigner un ancien patron des patrons parisien pour enfin faire aimer aux Français des JO montagnards mal nés et jamais vraiment désirés, relève de la gageure. Au tour de l’ancien demi d’ouverture des « Black Pampers » de casser les codes et réchauffer les cœurs.

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