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"Je n'avais jamais été aussi bas" : après une pause et des doutes, Élise Russis a repris goût au saut à la perche
Le jeune perchiste originaire de Freneuse, Elise Russis, a mis sa carrière entre parenthèse pendant l'été
Élise Russis, originaire de Freneuse, a mis le saut à la perche de côté pendant l’été pour préserver sa santé mentale. © Emilien Jacques

La vie de sportif de haut niveau est parfois faite de désillusions. La perchiste Élise Russis, originaire de Freneuse (Seine-Maritime), n’en avait jusque-là jamais connu. Pourtant, à 23 ans, la vice championne du monde junior 2021 vient de vivre l’année la plus compliquée de sa carrière, qu’elle a décidé de mettre entre parenthèses l’été dernier, pour se préserver. Alors qu’elle retrouve, depuis la rentrée, le plaisir de pratiquer son sport, elle raconte cette longue période de remise en question.

Une perte de confiance

Il y a un an, au sortir des championnats d’Europe des moins de 23 ans, où elle obtenait la 4e place, Élise Russis entrait dans une zone de turbulence qui lui était encore inconnue. « Je visais la gagne, ça a été un gros coup dur », rembobine-t-elle.

Avec un record personnel établi à 4 mètres 40 trois ans auparavant, la perchiste se voyait alors stagner, sans trouver de solutions. « Je sentais que je progressais, mais je ne battais pas mon record, poursuit-elle. Je me suis dit que c’était psychologique ».

La jeune femme, entraînée depuis ses débuts par son père, change alors de préparatrice mentale à l’aube de la saison hivernale, qu’elle traverse avec un sentiment de lassitude. « Je n’avais pas envie de sauter », se souvient-elle. Les semaines passent, et la situation empire.

Le plaisir disparait

En avril 2026, Élise Russis entame sa préparation pour la saison d’été. Les doutes qui la hantaient en compétition parasitent désormais ses entraînements, lors desquels elle ne parvient plus à réaliser ses sauts. « Je n’avais jamais vécu ça dans ma carrière », révèle-t-elle.

En mai, la pensionnaire du Stade Sottevillais 76 se présente aux championnats de France interclubs, sans avoir sauté une seule fois durant les deux semaines précédant la compétition. Le miracle ne se produira pas, Élise Russis n’y arrive plus. « J’arrive sur la piste et là, j’ai presque envie de pleurer, se confie-t-elle. Je n’avais jamais été aussi bas. »

S’éloigner des sautoirs

Elle et son clan saisissent alors l’ampleur de la situation et il est décidé que la Freneusienne ne prendra pas part aux compétitions d’été, et mettra même en suspens ses entraînements. « Sinon je n’allais pas tenir, c’était trop dur mentalement ».

« C’est une décision que j’aurais pu prendre en septembre 2025, mais je n’étais pas prête », estime Élise Russis, qui n’avait jusque-là jamais manqué une seule saison. Un choix difficile, mais qui va lui retirer le poids considérable qu’elle portait depuis trop longtemps sur les épaules. « Une fois que c’était évoqué, j’étais soulagée. »

Même si elle ne sort pas ses perches durant l’été, la sportive de haut niveau garde son rythme de travail, de six à sept entraînements par semaine. « Je me suis entraînée mais sans faire de perche. J’ai travaillé sur autre chose, la course, le renforcement musculaire, le bondissement », détaille-t-elle.

Et surtout, elle engage un travail approfondi avec la préparatrice mentale et la psychologue qui la suivent. Une introspection qui lui permet de prendre ses distances avec la pression du résultat, et de reconsidérer sa manière d’appréhender son sport.

« J’ai compris que j’existe même sans le saut à la perche. Avant je pensais que je ne pouvais pas exister sans. Mais si la perche s’arrête, Élise est toujours là. Cette pause m’a permis de comprendre ça, c’était la chose la plus importante à comprendre. »

Une nouvelle athlète

Alors que les barrières mentales qui freinaient la progression de l’espoir de la perche française semblent tomber une à une, survient ce qui a tout d’un déclic. Au mois d’août, Élise Russis découvre les nouvelles installations de son club sottevillais, dont une piste et un sautoir flambant neufs. La curiosité fait alors renaître la passion. « J’avais tellement envie d’essayer ! ».

Elle s’élance, pique sa perche, s’élève dans les airs. Et la magie opère.

J’ai retrouvé la sensation de plaisir et d’adrénaline. Ça m’a permis de me souvenir pourquoi j’aimais ça.

Un an après les premiers questionnements, c’est presque une nouvelle athlète qui a donc repris le saut à la perche, en septembre dernier.

Si Élise Russis parvient aujourd’hui à mettre des mots sur ce qu’elle a vécu l’année passée et parle de « blessure de la tête », elle sait néanmoins que pour de nombreux athlètes de haut niveau, cette problématique de la santé mentale est encore compliquée à évoquer. « Quand on me demande pourquoi je n’étais pas là, j’ai du mal à dire que j’étais blessée, concède-t-elle elle-même. La blessure mentale, contrairement à une blessure physique, ça ne se voit pas, c’est plus difficile à identifier ».

De ces mois de galères, la jeune perchiste en ressort sans aucun doute grandie. Cette expérience lui sera aussi probablement bénéfique à l’heure d’attaquer sa première saison en catégorie Senior. Dans un état d’esprit renouvelé, elle annonce : « Mes objectifs restent les mêmes, mais j’apprends à les voir autrement ».

De quoi se tourner plus sereinement vers les grandes compétitions internationales qui se profilent, avec en point d’orgue le rêve de tout athlète : les Jeux Olympiques, en 2028 à Los Angeles. Un rendez-vous qu’elle vise avec ambition, mais cette fois-ci, prévient-elle dans un large sourire, ce sera « sans pression ! ».

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