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Gabby Williams, la superstar française du basket mondial
Gabby Williams samedi célèbre le sacre en WNBA avec les Golden State Valkyries.
Gabby Williams samedi célèbre le sacre en WNBA avec les Golden State Valkyries. EZRA SHAW / 2026 Getty Images

Elle est allée au bout du suspense, a dû se défendre face à certaines critiques et a finalement fait exploser de joie la baie de San Francisco. Dans la nuit de samedi à dimanche, Gabby Williams a mené son équipe des Golden State Valkyries à la victoire au terme du septième match des finales de WNBA face à Atlanta. Un véritable exploit pour cette franchise créée il y a seulement deux ans, qui a défié tous les pronostics et a déjà trouvé son public... dont une certaine Zendaya. Face aux fans en transe, tous vêtus de la couleur violette de l’équipe, Gabby Williams a célébré la victoire entre larmes, accolades avec ses proches – dont sa coéquipière chez les Bleues, Marine Johannès – et prise de parole au micro. « Quel est mon mot préféré ? » a-t-elle lancé à la foule qui n’a pas tardé à répondre « Pétasse ! » Une référence au rappeur Too Short, venu donner un concert lors de la mi-temps d’un match des Valkyries fin septembre et dont Gabby Williams avait ensuite repris le gimmick.

Au-delà des blagues, la conférence de presse après la victoire a été marquée par les mots de celle qui a grandi dans le Nevada mais dont le cœur est en France. Capitaine des Bleues, qu’elle a menées aux titres de vice-championnes olympiques en 2024 et de vice-championnes du monde en 2026, elle a déclaré : « Je ne serais pas là sans l’équipe de France. C’était l’une de mes premières pensées : j’espère que les Français sont fiers. Je sais qu’il y a des gens qui regardent, et ça fait plaisir de savoir qu’on progresse. »

Gabby Williams félicitée par Marine Johannès après la victoire samedi soir au Chase Center de San Francisco.
Gabby Williams félicitée par Marine Johannès après la victoire samedi soir au Chase Center de San Francisco. HEATHER DIEHL / 2026 Getty Images

Née d’une mère française, Thérèse, et d’un père américain, Gabby Williams a choisi de représenter l’Hexagone, fière de ses racines maternelles. C’est d’ailleurs auprès de sa grand-mère parisienne que la jeune femme d’aujourd’hui 30 ans a appris à parler la langue de Molière. Et si elle est désormais la star incontestée des Bleues, remportant même le trophée Alain Gilles récompensant le meilleur joueur français ou la meilleure joueuse française de l’année, au nez de Victor Wembanyama, Gabby Williams a bel et bien fait ses armes aux États-Unis.

L'athlétisme avant le basket

À 15 ans, encore lycéenne à Sparks dans le Nevada, elle tente de lancer sa carrière en athlétisme. En 2012, ESPN consacre un article à celle qui est « devenue détentrice du record de l’État du Nevada et championne d’État » du saut en hauteur. À l’époque, elle aspire à une sélection olympique avec l’équipe américaine. Et elle possède une longueur d’avance, explique le média américain. Car déjà, Gabby est une basketteuse hors pair, issue d’une famille passionnée par le sport. Et bien qu’elle tente sa chance en athlétisme, elle fait de la balle orange sa priorité. « Ce que je veux avant tout faire à l’université, c’est jouer au basket, mais mon objectif est aussi de jouer dans un endroit où l’on me permet de faire du saut en hauteur », dit-elle à ESPN.

Son souhait est rapidement exaucé lorsqu’elle intègre l’université du Connecticut, contribuant au bilan exceptionnel de 148 victoires et 3 défaites de l’équipe durant ses quatre années étudiantes, marquées par deux titres en championnat national. Une incroyable réussite qui lui vaut de faire partie de l’équipe All-America de l’Association des journalistes de basketball des États-Unis en 2017. Naturellement, cette distinction l’envoie tout droit vers la draft WNBA de 2018 où elle est sélectionnée en quatrième position par le Chicago Sky. Pour beaucoup, elle a du Kobe Bryant en elle. Pas étonnant donc qu’elle tape dans l’œil de la petite Gigi, la fille du basketteur qui espère un jour jouer comme elle à l’université du Connecticut. « J’ai entendu dire que j’étais sa préférée », confiera Gabby Williams au « Chicago Tribune ». Elle raconte même en avoir été informée par la superstar des Lakers en personne, qui lui a un jour confié tout le bien que sa fille pensait d’elle. « Je n’y croyais pas avant que Kobe me le dise. » Comme d’autres joueuses de la WNBA, la Franco-Américaine part d’ailleurs s’entraîner à la Mamba Sports Academy en Californie, créée par le joueur tragiquement disparu avec sa fille en 2020 dans un accident d’hélicoptère.

Des débuts pas évidents

Mais si le talent de Gabby Williams est indéniable, comme beaucoup de nouvelles recrues, elle est ballottée d’un poste à l’autre à Chicago. Malgré sa polyvalence, elle peine à trouver sa place. Alors, à l’intersaison, elle s’envole pour l’Europe, Naples, Gérone puis Montpellier… Elle améliore son jeu et renoue avec la France. De quoi lui permettre de se faire remarquer, enfin, par la sélection nationale. Au printemps 2021, alors que les Jeux de Tokyo – décalés d’un an en raison du Covid-19 – se préparent, elle rejoint les Bleues et obtient une place dans l’effectif. Elle n’en bougera plus jamais. « Dès que j’ai enfilé le maillot français pour la première fois, j’ai su que ça en valait vraiment la peine », confie-t-elle à l'époque. « Je suis très proche de ma mère, et c’était vraiment génial pour moi d’en apprendre davantage sur sa famille, car j’ai grandi aux États-Unis. Je suis à moitié Française, et passer du temps en France et voir ma famille là-bas a été formidable. Je sais que ma mère et sa famille ont toujours été fières de moi. Mais maintenant, elles peuvent dire que je joue pour les Bleues. »

Gabby Williams porte la médaille de vice-championne du monde de basket obtenue en 2026 avec l'équipe de France.
Gabby Williams porte la médaille de vice-championne du monde de basket obtenue en 2026 avec l'équipe de France. TOBIAS SCHWARZ / AFP

Dans le vestiaire tricolore, elle doit cependant s’adapter. Si elle maîtrise le français, elle n’a pas, au début, les bases de l'argot : « J’avoue, je ne comprenais rien », s’amuse-t-elle auprès de « Basket Le Mag ». À ses coéquipières qui rient de ses tournures de phrases, « comme si (elle) avait 70 ans », elle répond : « Mais c’est le français de ma mamie ! »

Qu’importe l’accent, Gabby Williams est devenue en quelques années la leader des Bleues et la plus grande joueuse française de l’histoire. Celle qui s’est d’abord fait remarquer pour ses scores en défense a inscrit, samedi, 30 points dans le match le plus important de sa carrière américaine. « À mes yeux, elle est la meilleure joueuse du monde », a lancé sa coach, la flamboyante Natalie Nakase, après la victoire. Normal, donc, de voir Gabby Williams être adoubée non seulement par Kobe Bryant dans le passé mais aujourd’hui par l’idole Michael Jordan et la superstar Stephen Curry.

Victime d'attaques violentes

Aujourd’hui adulée, sans doute encore plus aux États-Unis qu’en France où elle n’a pas encore eu les honneurs d’une grande une à son nom, Gabby Williams est aussi la cible de nombreuses attaques. Durant les finales, elle a été vivement critiquée, certains s’en prenant à sa réaction et à son regard après la défaite lors du troisième match. « C’est juste qu’elle a naturellement des yeux de chaton », ont alors répondu ses fans. D'autres attaquant son choix de représenter la France.

Mais c’est un tout autre sujet, loin des trolls des réseaux sociaux, qui a mis sa vie en danger. Deux jours après le sacre, lors de la traditionnelle conférence de presse de fin de saison, la trentenaire a expliqué avoir reçu au cours de la saison des menaces de mort en raison de ses prises de parole engagées. Elle défend notamment ardemment les droits des personnes transgenres dans le sport. « Je ne cesserai jamais de me battre pour ceux qui ne peuvent peut-être pas se défendre eux-mêmes en ce moment. Je continuerai d’utiliser ma notoriété dans ce sens, mais c’est effrayant. J’ai reçu beaucoup de menaces de mort. Il y a eu des problèmes de sécurité et tout ça, et il y a eu des moments où je me demandais comment j’allais pouvoir jouer malgré tout », a-t-elle raconté. En 2020, alors qu’elle évoluait pour le Chicago Sky, elle s’était déjà associée à sa coéquipière Stefanie Dolson pour collaborer avec Brave Space Alliance, un centre LGBTQ+ local dirigé par des personnes transgenres.

Auprès des Golden State Valkyries, Gabby Williams a finalement trouvé son refuge face à la haine. La franchise a fait de l’inclusion une valeur fondamentale alors que l’équipe et les supporters ont été confrontés à des manifestants transphobes lors du premier match des finales. « Je tiens à remercier nos fans d’être restés eux-mêmes, car cela m’a permis d’être moi-même, et c’est formidable », a-t-elle commenté. « C’est ça, l’esprit de la baie de San Francisco. La baie est pionnière sur ces sujets et ces questions, et je suis fière de la représenter. »

Avec sa victoire samedi et ses résultats en équipe de France, Gabby Williams a inscrit son nom au livre des plus grands champions de l’histoire. La basketteuse tatouée, passionnée de mode et hyperactive sur les réseaux sociaux peut désormais compter sur des fans des deux côtés de l’Atlantique pour la protéger. Et qu’il soit prononcé à l’américaine ou à la française, son nom résonnera pendant longtemps sur les parquets et en tribunes.

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