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On l’appelle Maître et pourtant, il n’est ni avocat, ni huissier, Jean Tura est Maître d’armes. Celui qui a commencé à croiser le fer à Argelès-sur-Mer a inscrit son nom dans le monde de l’escrime accompagnant plus de 2 000 élèves et les équipes de France dont Laura Flessel et Maureen Misina. Il fut même entraîneur de l’équipe… d’Irlande.
C’est une discipline d’instinct pour les petits garçons, inspirée des films de cape et d’épée. D’autant plus que dans les années cinquante, dans ce petit village agricole du pied des Albères, les distractions étaient rares. C’est Côme Azéma qui de retour de l’armée et maître d’armes a créé le premier club sportif d’Argelès-sur-Mer. Jean Tura se souvient : "gamin nous avions fabriqué des épées avec deux bouts de bois, et l’on se livrait en duels à Valmy entre les mimosas, parfois sur les touches on avait des ecchymoses ! Un jour, Maître Azéma nous dit de le retrouver sous le préau de la gare, pour nous initier aux assauts. La consigne était simple : battez, virez droit et dégagez, on passait à tour de rôle et personne ne rouspétait ! Puis on s’est retrouvé à la salle des fêtes, autorisation qui lui avait été accordée par Gaston Pams le maire de l’époque, qui aimait bien l’escrime.".
Très vite, Jean Tura se distingue, ses aptitudes lui permettent d’obtenir le premier titre de champion de ligue d’épée sénior en 1962, alors qu’il a tout juste 18 ans. L’escrime lui est chevillée au corps, tactique, technique, maîtrise lors de chaque assaut, lui permettent de devenir à son tour Maître d’armes. Comme beaucoup de Catalans, il "monte" à la capitale, le postier est alors détaché à l’ASPTT pour valoriser son sport et le hisser au plus haut niveau.
Sélectionneur, entraîneur, chef de délégation des équipes de France, durant plus de 20 ans, il devient référent des meilleurs tireurs français homme et femme. Sa notoriété dépasse même les frontières, en 1992, alors qu’il ne parle pas un mot d’anglais, Jean Tura devient entraîneur de Mickaël O’Brian, athlète irlandais (licencié à l’ASPTT) qu’il accompagne jusqu’aux jeux olympiques de Barcelone. Par ricochet, il entraîne l’équipe junior irlandaise qu’il conduit aux championnats du monde et aux jeux universitaires aux États-Unis et au Japon.
Puis retour chez les tricolores (2002-2005), avec la satisfaction de voir son élève Jérémy Richer décrocher le titre suprême de champion du monde. Alors référent de la commission nationale épée homme et femme, il se lie d’amitié avec "la guêpe" Laura Flessel quintuple médaillée olympique et pour l’anecdote engage un sympathique pari avec elle : "lors d’un stage à Barcelone en 2008, je lui ai dit que si elle empochait la qualification aux JO de Pékin, elle pourrait me raser la barbe ! Elle a gagné et j’ai accepté la sanction. On a bien rigolé !"
De retour dans son club formateur, avec au compteur probablement plus de 2 000 élèves qui ont croisé le fer avec le Maître d’armes argelésien, il s’engage aussi dans Riposte, créant une section de "reconstruction"pour les femmes atteintes d’un cancer du sein, et dans le handisport. Dirigeant, entraîneur, président, Maître Tura, comme l’appellent toujours ses anciens élèves ne regrette rien de ces engagements.
Si désormais les années pèsent un peu plus sur le quotidien, à 83 ans, le membre d’honneur de la ligue d’Occitanie qui reste à disposition si besoin, porte un regard bienveillant : "l’enseignement et la transmission ont été ma raison d’être, avec rigueur et discipline. L’escrime reste un sport de passionné, vous savez pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas d’argent en jeu, fierté et humilité sont les motivations essentielles de ce sport ancestral".
Un sacerdoce à l’assaut d’une vie bien remplie, menée à la pointe de l’épée pour Jean Tura, toujours passionné par l’escrime et tous les sports !