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« Je lui ai laissé un message. Après, j’ai regardé qui c’était » : Michel Desjoyeaux et le skipper rochelais Alexis Thomas racontent la genèse de leur association avant la Route du Rhum

Ce dimanche, à Saint-Malo, Alexis Thomas prendra le départ de la Transatlantique à bord du Class40 « Afterdata - Elcia ». Un 40 pieds conçu par Michel Desjoyeaux et Alexandre Gallais et que le « Professeur » souhaitait confier à un jeune loup de mer pour s’assurer de son potentiel

« Faire la Route du Rhum à 30 ans était une occasion assez unique que je ne pouvais pas refuser », assure le Rochelais Alexis Thomas à propos de l’offre de Michel Desjoyeaux.

Alexis, vous enchaînez un titre de champion de France de course au large par la préparation de cette Route du Rhum. Comment cela s’est-il décidé ?

Alexis Thomas. Ça s’est fait quelques jours après la solitaire du Figaro. Début juin, je reçois un coup de fil de Michel sur mon téléphone, j’avais enregistré son numéro…

Michel Desjoyaux. Je ne te crois pas !

« Vu qu’il sait que mon papa fabrique des planchas, peut-être qu’il veut que je les mette en contact »

A. T. Si, je te le promets (rires). Donc je vois un appel de Michel, je me dis « c’est une erreur ». Mais je l’ai rappelé un peu au calme, parce que sur un malentendu, ce n’était pas impossible qu’il ait un plan à me proposer. Effectivement, c’était pour prendre la barre de son prototype, qu’il a développé avec son co-armateur Alexandre Le Gallais. J’étais enchanté, surtout après une belle saison en Figaro. Faire la Route du Rhum à 30 ans était une occasion assez unique que je ne pouvais pas refuser – ça m’évitait d’attendre quatre ans –, je l’ai saisie directement. J’ai motivé mes partenaires, j’en ai trouvé des nouveaux, on a pu constituer le projet un peu sur le tas. Quatre mois de préparation, c’était un peu chaud mais j’adore les défis. Ce qui m’anime, c’est de devoir tout le temps faire face à des défis, des énigmes et de les résoudre.

Aviez-vous postulé à une offre ?

M. D. Non, c’est moi qui ai postulé.

A. T. Je me suis douté qu’il avait quelque chose à me demander, je me suis dit « vu qu’il sait que mon papa fabrique des planchas, peut-être qu’il veut que je les mette en contact pour le catamaran de Michel » (rires).

M. D. J’avais besoin de changer de réchaud (sourire).

« Je n’ai peut-être plus la niaque et la fougue d’un petit jeune comme celui-ci »

Comment est née cette proposition, alors ?

M. D. Quand on a fait ce bateau, début 2024, l’idée était que je fasse la Transat Café l’Or avec mon associé puis qu’il fasse le Rhum. On a fait la première partie, conçu et construit le bateau, navigué avec puis fait la Transat Café l’Or 2025. Le but du jeu était aussi de savoir si le bateau avait un potentiel, parce qu’on a investi dans des moules et des études. On sait naviguer et je pense être capable de savoir aller vite de temps en temps, mais je n’ai peut-être plus la niaque et la fougue d’un petit jeune comme celui-ci. J’ai donc pris mon téléphone et descendu la liste des gens qui performent. En hivernal, les gens dispos sont ceux qui n’ont pas de sponsor. Je ne pouvais pas les aider parce qu’on a le bateau mais pas de sponsor. J’ai donc attendu la fin de la Solitaire du Figaro pour prendre le classement dans l’ordre.

« Afterdata - Elcia » est un Class40 à l’étrave proéminente et arrondie et dont la particularité est le toit, qui recouvre la moitié du cockpit et permet de mettre le skipper à l’abri.
« Afterdata - Elcia » est un Class40 à l’étrave proéminente et arrondie et dont la particularité est le toit, qui recouvre la moitié du cockpit et permet de mettre le skipper à l’abri.

Cela n’a rien de hasardeux…

M. D. Même si c’est moins médiatisé, moins prestigieux que d’autres grandes courses en solitaire, c’est une valeur de référence. C’est ce qu’il y a de plus certifiant en matière de performance, de capacité à mener un projet. C’est l’école de la rigueur, ça te met d’équerre si tu as envie de gigoter dans tous les sens. Quand le classement est tombé, je savais déjà que le premier (Nicolas Lunven, NDLR) n’était pas dispo. Le deuxième, je ne savais même pas qui c’était. Je suis allé chercher son numéro de téléphone, je lui ai laissé un message. Après, j’ai regardé qui c’était, j’ai écouté ce que des gens m’en disaient mais de toute façon, mon choix était déjà fait.

A. T. Tu veux dire qu’on t’a dit des choses mauvaises sur moi (rires) ?

M. D. Non, ce n’est pas le cas, ça tombe bien. Parmi les gens qui m’ont dit du bien de toi, il y en a du milieu, d’autres qui gravitent autour, des journalistes, des organisateurs… Ça m’a réconforté car c’est engageant de confier son bateau et ses idées à quelqu’un qu’on ne connaît pas du tout. Mon objectif, en accord avec mon associé, est de mettre Alexis dans les meilleures conditions possibles mais on ne peut pas tout faire, on n’a pas de budget, chacun doit y mettre du sien. La preuve, je suis encore en train de bricoler – ça tombe bien, j’aime ça. Maintenant, c’est à Alexis de faire de son mieux en fonction de son ambition, de ce qu’il sait faire.

Deux semaines avant le départ, Michel Desjoyeaux continuait de préparer le bateau.
Deux semaines avant le départ, Michel Desjoyeaux continuait de préparer le bateau.

Le timing n’est-il pas un peu serré ?

M. D. En juin, le bateau était à l’eau puisqu’on a fait le Spi Ouest France en début de saison. Ensuite, la Drheam Cup a permis à Alexis de découvrir le bateau mais bon, il a fait trois navigations, dont le convoyage, avec la moitié au moteur et le reste dans la pétole, et les deux premières à Port-la-Forêt dans moins de 8 nœuds de vent. Pas le meilleur moyen de découvrir la palette d’exploitation d’un bateau de course comme ça. Ensuite, il y a eu L’Aventura (la dernière épreuve en Figaro, qui a sacré Alexis Thomas champion de France élite de course au large, NDLR), trois semaines de moins à découvrir le bateau, mais trois semaines à haut rendement, dans un état d’esprit qui va certainement lui servir au départ de Saint-Malo. Un entraîneur qui bosse beaucoup avec les classes 40 m’a dit que ses coureurs n’étaient pas performants il y a trois ans, quand ils ont commencé…

« Pour l’instant, on s’est tapé dans la main jusqu’au Rhum. Chaque chose en son temps »

Alexis, quelle était votre ambition avant ce fameux coup de téléphone ?

A. T. J’étais prêt à rester en Figaro si je n’arrivais pas à monter un projet avec un peu plus d’envergure, car c’est le circuit où il faut être pour progresser. Sur des gros projets, on fait face à d’autres problématiques, humaines, financières, qui font qu’on navigue un peu moins. J’étais très bien en Figaro mais c’est vrai que je me disais que ce ne serait peut-être pas mal d’essayer de monter un plus gros projet. J’avais prévu de m’orienter petit à petit sur du Class40, donc ça tombe bien, et puis j’ai forcément des envies de Vendée Globe.

Votre association peut-elle perdurer ?

A. T. Pour l’instant, on s’est tapé dans la main jusqu’au Rhum. Chaque chose en son temps, il y a beaucoup à faire avant de discuter de la suite. On va déjà ramener le bateau à bon port, essayer de faire du mieux possible.

Le novice Ternon et l’habitué Clerton sont à Saint-Malo

À 13 h 02 dimanche, Alexis Thomas ne sera pas le seul à s’élancer dans la catégorie Class40, puisque ce sera également le cas du Rochefortais d’adoption Jean-Baptiste Ternon, sur “MIC Odyssey ». Pour l’architecte naval de formation de 37 ans, comme pour le Rochelais et pour la Pontilabienne Violette Dorange (sur l’Imoca « Initiatives Cœur »), ce sera une première participation.
Ce n’est pas le cas du Rochelais Wilfrid Clerton puisque le marin de 55 ans, engagé sur « Echo-Mer » – le « Kriter VIII » de Michel Malinovsky, le « cigare » long de 23 mètres trois fois vainqueur en monocoques en 1982, 1986 et 1990 – s’est classé 4e en 2014, 5e en 2018 puis 3e en 2022. Parti le 12 octobre de La Rochelle pour rallier Saint-Malo, Clerton est au départ en Vintage Mono, qui regroupe des bateaux d’exception et un marin, Jean Le Cam, qui ne l’est pas moins.

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