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"Dès qu’on finit les JO de Paris, on bascule sur ceux de Los Angeles" : de 2024 à 2028, la quête olympique des frères Lebrun, chercheurs d’or du ping français
Félix et Alexis Lebrun lors de leur médaille de bronze par équipes décrochée avec Simon Gauzy à Paris. Wang Dongzhen

C’était un vacarme assourdissant. Frappant des pieds sur les tribunes tubulaires du hall 4 du Paris Expo Porte de Versailles, les milliers de supporters avaient accompagné une ascension inéluctable. Depuis ce double bronze aux Jeux Olympiques 2024, par équipes et en simple pour "Féfé", Alexis et Félix Lebrun n’ont jamais stoppé leur folle marche en avant. En quête de tout sur la planète ping, les insatiables frangins avalent les tournois et les titres mais en ciblent peut-être un plus que les autres : les prochains JO, à Los Angeles en 2028, où ils espèrent étancher leur soif d’or pour entrer dans une nouvelle dimension.

Elle avait déjà changé radicalement dans la capitale française. Là-bas, dans le XVe arrondissement, en décrochant les premières breloques de la France en tennis de table depuis 2000 et le bronze du double masculin Chila-Gatien, le duo avait fracassé les frontières de son sport. Pour une bascule jamais démentie depuis. "En fait, on a eu l’impression de gagner une médaille d’or", résume un peu plus de deux ans plus tard le papa Stéphane, pris en famille dans un tourbillon.

"Les policiers nous arrêtaient, mais pas pour nous mettre des amendes"

"Après les JO, je suis resté une journée avec Félix à Paris. Et je peux vous assurer qu’on ne faisait pas deux mètres. Les policiers nous arrêtaient, mais pas pour nous mettre des amendes", sourit cet ancien joueur professionnel de ping, bien placé pour mesurer et amortir une secousse qu’il compare à la médaille d’argent de Jean-Philippe Gatien aux Jeux de Barcelone en 1992. "Ça avait été la même chose, même sans les réseaux sociaux. Grâce à cela, on avait un peu anticipé, ma femme avait arrêté de travailler juste avant. Mais c’était une vraie machine à laver… On a dû apprendre à dire non", constate-t-il, s’attardant sur une popularité exponentielle "gratifiante" et un quotidien qui n’a "rien de normal".

La normalité n’est la plupart du temps pas pour les deux Héraultais, programmés pour l’exceptionnel dans une discipline où les Asiatiques, et les Chinois surtout, sont la règle. Leur défi est de les faire tomber de leur piédestal, un horizon qui se confond en partie avec l’Amérique et LA. "Dès qu’on finit les JO de Paris, on bascule sur ceux de Los Angeles, reconnaît le papa. Même s’il y a plein de choses à côté parce qu’on a cette chance, ou cette malchance, d’avoir 50 000 compètes à jouer, 250 jours en tournoi par an… Ça ne s’arrête jamais."

Au sommet en double, tout proche en simple

Au cœur de ce rythme effréné, Alexis et Félix ont maintenu le leur, enjambant les marches vers le sommet sans ralentir. Pour se hisser tout là-haut, jusqu’à la 2e place mondiale pour Félix, la 8e pour Alexis et la 1re ensemble en double. Leur règne sur l’Europe, où l’aîné a transmis sa couronne en simple à son frère dimanche dernier, est incontestable.

Il s’étend irrémédiablement au monde. En août, le triomphe de "Féfé" au Grand Smash de Malmö, plus haute catégorie de tournois jusque-là jamais remportée par un Français, a permis de matérialiser une ambition que les joueurs de l’Empire du Milieu regardent avec l’œil de la proie. "C’est allé très, très vite. Et après Paris, ils ont enchaîné des résultats exceptionnels", s’émerveille Stéphane Lebrun.

Mais ces performances ne sauraient être une fin en soi. Pas sur la feuille de route d’un tandem qui a coché LA comme une halte essentielle. Sans pour autant en faire sa raison de se raser le matin. "Ça, c’est pour les élections présidentielles. Mais oui, on y pense parce que la stratégie est importante. La finalité, ce sont ces JO où ils ont envie d’aller chercher une médaille d’or, un titre, plein de choses. Mais avant, il y a la Coupe du monde, le WTT, donc c’est étape par étape", tempère ce rouage essentiel d’une équipe, "la meilleure du monde selon moi" dit-il, qui a pour "seule obsession la progression".

"Ils ne seront pas champions olympiques s’ils ne progressent pas encore"

"C’est pour ça qu’on essaie de garder des moments d’entraînement, parce qu’ils ne seront pas champions olympiques s’ils ne progressent pas encore." La course aux fameux gains marginaux chers aux sportifs est cruciale. Les Lebrun et leur entourage l’ont compris. Respiration, vidéo, posturologie, avis d’autres entraîneurs : ils testent, emmagasinent. "Dès qu’on a une possibilité et qu’on sent que ça peut être un plus, on s’ouvre. C’est notre leitmotiv. Même si la finalité reste la table", rappelle le papa.

Récemment, le remplacement des lunettes par des lentilles a mis du concret sur la préparation invisible de Félix. Ce test est venu compléter une transformation physique bien visible, elle. "À cet âge-là, on mange un steak et on prend du muscle. Donc, il fallait tout orienter, changer aussi sa technique. Mais tout a été programmé, réfléchi par l’équipe autour d’eux. C’est planifié, mais pas pour une seule compétition", replace Stéphane Lebrun.

Simple, double, double mixte, par équipes mixtes : la folle cadence des JO 2028

Les JO 2028 restent néanmoins en toile de fond de tout ou presque. Dernière preuve en date, les championnats d’Europe, la semaine passée, ont servi de répétition grandeur nature. En double, où Alexis et Félix ont affirmé un peu plus leur rang de numéros 1 mondiaux, mais aussi en double mixte. L’aîné a continué d’y prendre des repères avec Charlotte Lutz et l’argent glané a marqué une étape importante sur la route de LA, où la cadence s’annonce infernale. "Faire trois tableaux aux championnats d’Europe, c’est dur, très dur, soufflait d’ailleurs le paternel depuis le tournoi en Slovénie. Mais ça fait partie de la préparation, voir si on est capable de tenir. Parce qu’il y en aura quatre aux JO."

Aux Jeux, en plus du double mixte, il faudra en effet compter aussi sur la compétition par équipes mixtes, nouveauté d’un tournoi olympique qui se tiendra du 15 au 28 juillet au LA Convention Center, où élieront domicile le judo et le taekwondo. Un monstre de béton situé à deux pas de la Crypto.com, ex-Staples Center, antre des Los Angeles Lakers, où les frères Lebrun débarqueront pour mener leur conquête de l’Ouest. Avec un rêve de pionniers : devenir dans la Cité des Anges les premiers Français couverts d’or olympique en tennis de table.

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