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En quelques années, la course à pied a déchaussé son statut de discipline marginale. Phénomène culturel, social et économique, elle s’est naturellement greffée à Paris, où le nombre de pratiquants a explosé. Qu’elles fassent partie du monde politique, médiatique ou sportif, les célébrités ont embrassé cette tendance. À travers cette série, nous explorons le lien qui unit certaines personnalités avec les foulées, le chronomètre. Leur fil directeur ? Une quête de performance et de lâcher-prise.
Est-il dans la course ? Reste-t-il bloqué dans le sas de départ ? Ou se soustrait-il à la préparation pour mieux l’affronter ? La métaphore sportive sied à merveille à Dominique de Villepin. Depuis des mois, l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac ne dissimule pas son ardent désir de se lancer dans la course à l’élection présidentielle de 2027. Il l’a même répété sur France Inter, mardi 3 novembre 2026. Ses plaidoyers pour Gaza, son idéal de justice sociale et sa ligne humaniste séduisent la gauche. Mais l’homme de droite que la droite reconnaît difficilement se positionne en gaulliste.
Cette posture transcendantale, il la nourrit depuis des décennies en pratiquant la course à pied. De ses premières foulées à 7 ans à l’étranger à ses sorties hebdomadaires au bois de Boulogne, dans le 16e arrondissement de Paris, le fondateur du parti La France humaniste entretient un rapport ascétique au running. « C’est la discipline du corps mêlée à la libération de l’esprit », témoigne-t-il, en exclusivité, auprès d’actu Paris.
Ce ne sont pas ses 72 ans qui rassasient sa soif de longues distances. Dominique de Villepin foule encore le bitume. « Je cours plusieurs fois par semaine, jusqu’à cinq, durant plus d’une heure. Pour moi, c’est une respiration indispensable dans un quotidien très chargé », explique l’ex-chef du gouvernement et ministre des Affaires étrangères, qui réside près du bois le plus vaste de la capitale.
« Je tourne toujours autour du bois de Boulogne. Plus jeune, j’allais à Montmartre pour affronter le pavé, les escaliers et le relief. Mais la tranquillité de Boulogne correspond davantage à mes caractéristiques d’aujourd’hui », s’amuse-t-il. Sans doute éprouve-t-il, aussi, une forme de nostalgie à courir sur les routes qu’il a maintes fois empruntées lors du 20 km de Paris, l’une de ses courses favorites, et du marathon de Paris.
L’air du bois de Boulogne lui change de l’étouffant parc de Matignon, où il s’entraînait aux côtés de ses équipes de sécurité entre 2005 et 2007. « Heureusement, j’ai toujours eu des gardes du corps qui avaient un très bon niveau physique », se plaît-il à rappeler.
Dominique de Villepin fait valoir un bon niveau amateur. Rares sont les coureurs à disposer d’un record sous les 3 heures. Une marque de référence qu’il a affranchie en 1980 lors d’un marathon en Essonne, alors qu’il était âgé de 27 ans. Mais n’allez pas le titiller sur le chrono. « J’ai jamais couru pour l’idée de battre telle ou telle marque. Moi, ce qui me plaît, c’est de se donner rendez-vous et de courir avec ma famille ou des amis ».
Ces footings se transforment régulièrement en valise à idées. Car la course à pied donne accès à un vaste champ des possibles. Pour Dominique de Villepin, ce mantra s’applique depuis son enfance, passée dans plusieurs pays africains et américains. Lui, l’éloquent, s’est abreuvé des concepts déclamés par les figures politiques en courant. « Je prenais le transistor et j’écoutais les discours de Fidel Castro (révolutionnaire et homme d’État cubain président de la République entre 1976 et 2008, NDLR) avec mon transistor ».
Une référence communiste étonnante pour celui a adhéré au RPR à la fin des années 1970, fidèle au chiraquisme, puis à son héritier, l’UMP, jusqu’en 2011. Lui préfère parler de « versatilité ». Ce principe lui est cher. « C’est aussi une forme de pragmatisme », assure-t-il. La course à pied trouve ainsi un prolongement à sa vision du monde. Est-elle de droite ou de gauche ?
« Dans le fait de courir, il y a à la fois une quête individuelle de dépassement de soi, mais aussi une transcendance collective, qui passe par le bonheur d’être ensemble et de participer au commun. C’est sans compter sur les bienfaits en matière de santé publique d’une pratique sportive massive », répond-il.
Depuis le bois de Boulogne, le potentiel candidat à la présidentielle observe avec joie le développement de la course à pied. « Quand j’ai commencé, il y avait assez peu de coureurs. Nous étions une petite caste. Désormais, je vois des nuées de personnes. C’est signe que les gens ont envie de se bouger », se réjouit-il.
Si on imaginait un programme pour 2027, le sport aurait d’ailleurs une place importante. « C’est le catalyseur social le plus fort. Quelle que soit notre religion, notre couleur de peau ou notre origine, on vibre de la même façon. Je pense qu’il est nécessaire de changer la manière dont on traite de ces activités physiques à l’école. Pourquoi on ne consacrerait pas la matinée pour les activités intellectuelles et l’après-midi pour les activités physiques. Cela se fait dans d’autres pays », rappelle-t-il.
Concernant l’organisation des courses, Dominique de Villepin plaide l’aménagement d’une « diversité de parcours », et pas uniquement « à Paris ». Une manière d’attirer de plus en plus de coureurs. Dont lui ? « J’ai plein de rêves. Mais la course que j’ai le plus envie de faire, c’est le marathon de Hong-Kong, où habite mon fils », déclare-t-il. Aujourd’hui, suivre son rejeton, Arthur de Villepin, semble impossible. En 2026, l’homme d’affaires avait bouclé les 42,195 km du marathon de Paris en 3 heures et 12 minutes.