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Cible dans le viseur. Et pan ! Carabine vissée à l’épaule, Lorena ne rate jamais son tir. Cette Roumaine de 36 ans pratique le tir sportif de haut niveau depuis "toute petite". Derrière la table de tir, des femmes et des hommes de tous âges se concentrent, malgré le bruit ambiant.
"On réalise des travaux de modernisation en ce moment, avec de nouvelles cibles électroniques, pour accueillir les championnats départementaux à la fin du mois", explique Bernard Bourrel, le président du club (1), outils à la main.
Sur les hauteurs de Millau, face au viaduc, les trois stands de la Société Millavoise de tir à la cible accueillent 120 licenciés. Le premier bâtiment couvert abrite 35 cibles placées à 10 mètres. Et deux autres stands semi-couverts réservés pour le tir à 25 m au pistolet tous calibres, et 50 mètres pour pistolet et carabine en 22 Long Rifle. "Cette dernière discipline est la plus difficile et aussi la plus pratiquée, en loisir comme en compétition", observe Bernard Bourrel.
Si le tir sportif est accessible à tous – même aux enfants – la licence n’est pas donnée à tout le monde. En plus du certificat médical obligatoire, les adhérents doivent montrer patte blanche en Préfecture "qui mène une enquête pour vérifier que la personne n’est pas fichée", précise la direction du club millavois. Car dans ce sport, la sécurité est primordiale.
"Ceux qui prennent la licence simplement pour pouvoir ensuite acheter des armes de catégorie B (qui regroupent les matériels de guerre, les armes de poing (pistolets, revolvers) et certaines armes d’épaule semi-automatiques, NDLR), on les voit arriver de loin, assure Bernard Bourrel. Au club de Millau, il n’y a que des sportifs. Dans les grandes villes, c’est différent, reconnaît-il. Mais la fédération est extrêmement vigilante là-dessus."
Attention à ne pas confondre, non plus, un tireur avec un chasseur. "Ce sont deux mondes complètement différents", considèrent les sportifs. Le président, 78 ans, dégaine plus vite que son ombre : "La dernière fois que j’ai chassé dans les gorges du Tarn, j’ai tué huit sangliers avec autant de cartouches, sans bouger et en 5 minutes. L’animal n’a aucune chance face à un tireur, donc c’est sans intérêt pour nous", moque-t-il, goguenard.
Parmi l’élite des tireurs sportifs, Valérian Sauveplane, 46 ans et Millavois d’origine, est revenu au club cet été "auprès de sa famille" après une carrière de haut niveau comme compétiteur et entraîneur à l’Insep à Paris.
"On a les structures qu’il faut mais il faut se moderniser, d’où l’investissement (près de 300 000 euros) dans l’installation de cibles électroniques dernière génération pour équiper les stands de tir", explique le médaillé d’or des Jeux européens 2015 en tir à la carabine 50 m trois positions.
"Le deuxième chantier est de redynamiser le club et attirer de nouveaux licenciés car un club vit par les jeunes", poursuit le détenteur du record du monde en 50 m couché aux États-Unis en 2005 et aussi finaliste aux Jeux olympiques de Pékin, Londres et Rio.
Le champion millavois tient aussi à rassurer les parents, parfois réticents. "Les gens fantasment sur les armes, mais on utilise des carabines sportives, pas des kalachnikovs !" Le tir sportif, un sport d’adresse "où l’on se bat d’abord contre soi-même".