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De Singapour 2008 à Londres 2027, l’affaire Massa 2008 revient hanter la F1 devant la Cour suprême britannique. Entre Crashgate, 64 M£ réclamés et risque de procès historique, l’issue reste pleine d’incertitudes.
Dix-huit ans après la nuit folle du Grand Prix de Singapour 2008, le "Crashgate" n’a toujours pas tiré sa révérence. L’immense feuilleton judiciaire lancé par Felipe Massa contre la FIA, la Formula One Management et Bernie Ecclestone va connaître un nouveau tournant début 2027, avec une audience capitale devant la Cour suprême du Royaume-Uni. En jeu : la survie, ou non, de sa demande d’indemnisation liée aux conséquences de cette course restée dans toutes les mémoires.
L’ancien pilote Ferrari réclame jusqu’à 64 millions de livres sterling, soit environ 75 millions d’euros, pour le préjudice sportif et financier qu’il estime avoir subi après la saison 2008, perdue pour un seul point face à Lewis Hamilton. Et là, un détail change tout : l’audience des 2 et 3 février 2027 dira si l’affaire peut aller vers un procès complet, ou si le dossier Massa sera refermé pour de bon.
Tout remonte à Singapour, en 2008, sur le tout premier Grand Prix nocturne de l’histoire de la F1. Sur le tracé urbain, Nelson Piquet Jr a volontairement envoyé sa voiture dans le mur pour provoquer une voiture de sécurité. Cette neutralisation est venue bouleverser la course et a déclenché un arrêt aux stands cauchemardesque pour Felipe Massa, reparti avec le tuyau de ravitaillement encore accroché à sa Ferrari, avant de perdre toute chance de marquer le moindre point. Au terme de la saison, le Brésilien a vu le titre mondial lui échapper d’un souffle, pour un seul point, au profit de Lewis Hamilton.
Il faut dire que l’affaire est restée longtemps enfouie sur le plan judiciaire. L’enquête formelle de la FIA sur le « Crashgate » n’a été ouverte qu’en 2009, après le licenciement de Nelson Piquet Jr, alors que les résultats de la course et du championnat 2008 ont été maintenus. Pendant des années, Felipe Massa n’a engagé aucune action. Tout bascule en 2023, lorsque Bernie Ecclestone accorde une interview où, selon les avocats du Brésilien, il affirme avoir disposé d’informations sur le caractère volontaire du crash avant même l’enquête de 2009.
La défense de Massa soutient que Bernie Ecclestone, tout comme de hauts responsables de la FIA de l’époque, dont Max Mosley et Charlie Whiting, savaient dès 2008 ce qu’il s’était réellement passé à Singapour. Les représentants de Bernie Ecclestone, de la F1 et de la FIA contestent fermement cette version et affirment n’avoir découvert l’ordre donné à Piquet Jr qu’en 2009, au moment du licenciement du pilote.
Sur la base de ces déclarations, Felipe Massa a lancé une action en justice devant la High Court de Londres, en mars 2024, réclamant 64 millions de livres sterling (environ 75 millions d’euros) en dommages et intérêts. Sa demande vise à compenser la perte de revenus potentiels et de retombées commerciales qu’un statut formel de champion du monde lui aurait, selon lui, apporté au cours de sa carrière. Il ne demande pas à faire annuler le sacre de Lewis Hamilton ni à réécrire le classement du championnat 2008, mais recherche uniquement une réparation financière. Une audience de trois jours s’est tenue en octobre 2025 devant la Haute Cour, sous l’autorité du juge Jay, pour déterminer si le dossier avait suffisamment de substance pour aller vers un procès complet et public.
À l’issue de cette audience, le juge a rejeté trois des réclamations formulées par le camp Massa, mais il a refusé d’annuler la plainte pour « délit de complot par des moyens illégaux » (tort of unlawful means conspiracy). Ce point précis est devenu le cœur de l’affaire. En clair, le tribunal a estimé qu’il existait suffisamment d’éléments pour justifier, en théorie, l’ouverture d’un procès sur cette base. Face à la perspective d’un grand déballage devant la Haute Cour, les avocats de Bernie Ecclestone, de la Formule 1 et de la FIA ont aussitôt demandé à porter ce point en appel.
Le 4 juin 2026, les juges Lord Reed, Lord Hamblen et Lord Richards de la Cour suprême ont accepté d’examiner ce recours. Les audiences sont désormais fixées aux 2 et 3 février 2027. L’enjeu est simple : si la Cour suprême fait droit à l’appel, l’accusation de complot sera annulée et l’action de Felipe Massa sera éteinte, sans procès. Si elle rejette ce recours, la voie sera libre pour un procès complet devant la Haute Cour, et le « Crashgate » reviendra alors, près de vingt ans plus tard, sur le devant de la scène judiciaire et médiatique.