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"Il aurait pu survivre" : deux ans avec sursis requis contre un médecin après la mort d’un espoir du football à Montpellier
Le jeune Mickaël Virad avait intégré le centre de formation du MHSC en 2018. DR

"Il est parti accomplir ses rêves à Montpellier, devenir footballeur professionnel. Nous l’avions accompagné à l’aéroport, plein de vie, plein d’espoir, sans penser que notre vie allait basculer dans la souffrance et la douleur. Monsieur le médecin, votre éthique est de soigner, de sauver des vies, vous avez brisé la vie de notre fils…" Alex, Nathalie et Leïla, les parents et la sœur de Mickaël Virad, espoir du football décédé en juillet 2023 à Montpellier, après quatre ans et demi d’état végétatif, n’ont pas eu la force de prendre l’avion depuis l’île de la Réunion. Alors, ce mercredi 4 novembre, leur avocat, Me Abratkiewicz, a porté les mots très dignes qu’ils ont écrits au tribunal judiciaire, qui a jugé un médecin urgentiste, pour "homicide involontaire" après une crise de diabète aiguë trop tardivement diagnostiquée.

Je suis médecin urgentiste depuis vingt-six ans, c’est la première fois que je suis devant une juridiction.

Cette douloureuse affaire a débuté fin janvier 2019. Mickaël Virad, 16 ans, a quitté la Réunion et intégré depuis quelques mois le centre de formation du MHSC, comme gardien plein d’avenir, repéré par Claude Barabé, l’ancien goal de Montpellier. Mais le footballeur se rend au centre médical du club pour se plaindre de douleurs au ventre, de vomissements, de diarrhées. Le traitement pour une gastro-entérite n’y change rien, la douleur s’accentue et deux jours plus tard, le médecin du club fait le forcing pour qu’il soit admis aux urgences, passant par l’hôpital, une première clinique puis une seconde, à Saint-Roch.

Un accident cardiorespiratoire, un œdème cérébral

"Je suis médecin urgentiste depuis vingt-six ans, c’est la première fois que je suis devant une juridiction", lance le prévenu, 59 ans, le ton grave, quand il détaille le protocole à la barre du tribunal. "Le patient est accueilli, en fonction de la gravité on l’oriente vers le box adéquat, une fois installé, on nous appelle pour voir s’il n’y a pas d’éléments graves. Le bilan était rassurant, à part de la tachycardie, on a demandé un bilan sanguin", retrace-t-il.

Surtout, et c’est le cœur du dossier, un diagnostic biologique est réalisé et les résultats sont livrés à 11 h 37, le 31 janvier 2019. Il révèle une crise de diabète, mais le praticien ne le prend en compte que cinq heures et demie plus tard, et le traitement administré en fin d’après-midi n’évite pas l’accident cardiorespiratoire puis un œdème cérébral et un état végétatif pendant plus de quatre longues années. Sa famille est venue s’installer dans l’Hérault pour le veiller, le jeune homme pouvant juste cligner des yeux pour dire "oui" ou "non". Il est décédé en juillet 2023.

"Vous avez mis hors de cause la clinique, les infirmiers, c’est à votre honneur. Et à mon sens, les défaillances ne viennent pas que de vous, même si je ne suis pas saisi", avance le président Errabih, alors que la clinique Saint-Roch a bénéficié d’un non-lieu. "Mais est-ce que vous reconnaissez une erreur ?" "Non", répond le médecin.

"Le diagnostic était complexe"

"L’expertise évoque une non prise en compte du résultat biologique, vous aviez les résultats à 11 h 37 si vous les aviez pris en compte, il n’y aurait pas eu de retard dans les soins", assène le magistrat. "Avec simplement de l’insuline et de l’hydratation, Mickaël avait 1 % de chance d’avoir des séquelles… On a attendu que la catastrophe arrive, comment voulez-vous que la famille ne soit pas en colère ?", tacle Me Abratkiewicz avant que le parquet n’accable le praticien."Il aurait pu survivre s’il y avait eu ce diagnostic adapté, cette prise en charge sérieuse, s’il n’y avait pas eu de faute ! Les symptômes, traités à temps, on aurait pu éviter la mort de ce garçon", tonne le ministère public, requérant deux ans de prison avec sursis, 15 000 € d’amende et s’étant "posé la question" de demander une interdiction d’exercer.

"Le diagnostic était complexe face à un enfant de 15 ans sans aucun antécédent", maintient l’urgentiste qui pensait à une crise d’appendicite. Me Ruffié, son avocate, plaide la relaxe et évoque le laboratoire qui aurait pu passer un coup de fil pour signaler que les analyses biologiques étaient prêtes, que son client a vu "entre 25 et 35 patients" ce jour-là et que son diagnostic n’était pas erroné eu égard aux symptômes. Le tribunal s’est donné jusqu’au 9 décembre pour trancher.