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Pendant quinze jours, tout Saint-Malo semble vivre et respirer Route du Rhum. Comme si plus rien d’autre n’existait. Pour beaucoup, c’est une parenthèse enchantée, une période où la ville accueille le monde entier, où elle réaffirme son lien avec la mer et les marins, où ses habitants partagent une certaine ferveur et le goût de la fête.
Pour d’autres, c’est davantage une source d’agacement, un énorme événement, à visée plus commerciale que sportive, qui pèse sur leur quotidien, la circulation, le stationnement : pourquoi faudrait-il que leur vie s’arrête, tous les quatre ans aux vacances de la Toussaint ? Sur les réseaux sociaux, nous nous sommes adressés à ceux qui ne sont pas emballés… et les ‘défenseurs’ de la Route du Rhum n’ont pas manqué de réagir ! Nous laissons donc la parole aux deux ‘camps’…
Clément. « Certes, le spectacle est impressionnant […] et l’événement possède une véritable dimension populaire. Mais derrière cette vitrine, difficile de ne pas voir l’omniprésence des marques et des sponsors, qui […] transforment chaque bateau en support publicitaire flottant. On assiste finalement à un immense rassemblement commercial où la performance sportive côtoie, et parfois semble se confondre avec les stratégies de communication des entreprises. »
Daniel. « Les bateaux sont superbes, mais le village n’est qu’une très longue galerie commerciale où par exemple Armor Lux et l’immense brasserie Hector qui ont massivement investi se régalent financièrement. Comme tout est blindé, c’est que ça plaît… »
Annie. « En créant cette course, Michel Etevenon n’imaginait certainement pas que l’exploit sportif, les athlètes, les bateaux que nous essayons d’admirer derrière les barrières seraient relégués derrière le ‘fric’. »
Daniel. « Partir travailler si l’on habite à moins d’1 voire 2 km du ‘village’ est problématique car tous les stationnements sont embolisés, encore pire si l’on doit aller travailler chez quelqu’un qui en est proche… […] Des enlèvements de véhicules qui ne sont pas mis en œuvre, des camping-cars (ou des fourgons habilement transformés) hébergent des vacanciers qui ne veulent pas payer les emplacements prévus. Comme notamment en été, des importuns vous réveillent en beuglant en pleine nuit […] Globalement, c’est sympa pour le touriste et exténuant pour l’indigène. »
Frédéric. « Je suis pourtant un grand fan de ce type d’événement. Mais là, nous subissons de plein fouet les nuisances de la manifestation, par les contraintes de plus en plus fortes sur nos déplacements quotidiens et nos déplacements professionnels. »
Yuna. « Habitants de l’Intra-Muros, nous sommes prisonniers des murs pendant les écluses interminables. Pourquoi ne pas laisser un autre passage pour sortir de l’Intra ? Personnellement, j’ai raté un soin à la clinique en restant une heure et demie dans les bouchons […] Nous ne sommes pas contre cet événement mais contre l’organisation qui oublie les habitants de l’Intra-Muros. Mais oui, il y en a ! »
Stéphane. « Je n’y vais plus depuis que c’est village fermé, on se marche dessus, impossible de voir correctement les bateaux. Dans le temps j’allais à minuit, ou à 6 h du matin, j’avais tous les bateaux pour moi, les admirer, regarder etc. »
Al. « Ça a basculé suite au plan Vigipirate, qui fait que le village est contenu. J’adorais voir les bateaux la nuit sans la foule, je me souviens du passage des écluses de Servane Escoffier, de nuit en petit comité familial… Maintenant c’est Disneyland, je n’y vais plus. »
Delphine. « J’aime la Route du Rhum. On est fier d’accueillir cet événement mondial. Mais il faut que le centre historique d’Intra et ses commerçants aient leur place aussi dans la fête. Parce qu’une ville qui accueille doit faire rayonner tout son territoire. Pendant que toute l’attention est tournée vers le village de la Route du Rhum, le cœur historique de Saint-Malo, ses commerçants semblent oubliés. Peu d’animations, peu de mise en avant du cœur de Saint-Malo. La fête devrait rayonner dans toute la ville, pas seulement sur un seul site. »
Laëtitia. « J’aime ces festivités. C’est beau, c’est magnifique et l’on attend tous ça avec impatience. Mais je l’ai un petit peu en travers la gorge de voir que l’on nous envoie dans nos boîtes aux lettres des sabliers pour nos douches pour ne pas dépasser le temps, que l’on nous coupe l’eau avec un seul petit filet avec un bébé en bas âge et que l’on doit se débrouiller comme ça… Pendant ce temps-là, on accueille des gens et ils ont de l’eau à volonté ! »
Philippe. « J’aime cette quinzaine. C’est absolument un sacré truc. Et je tire mon chapeau à ceux qui se sont mis ce challenge sur les épaules ainsi qu’aux équipes engagées et leur représentant à la barre. Il y a juste que l’année est problématique d’un point de vue vital pour la vie locale : l’eau. Et j’ai bien l’impression que l’on attend que ce rendez-vous soit passé pour que la population se retrouve culpabilisée par la pénurie qu’on risque de lui faire subir […] Je regrette également que l’accès soit plus restreint que lors d’éditions passées comme 2014. On se sent plus entravé. Même si cela était peut-être devenu nécessaire, victime du succès de l’épreuve. J’espère que l’on s’en tiendra à ce stade. On serait les premiers à déplorer qu’il n’y ait plus ce genre d’événement qui est fabuleux. »
Catherine. « La course du Rhum a sorti Saint-Malo de son ennui hivernal, je vous assure et ce, dès sa première édition 1978. J’y étais et je bossais en Intra. Alors, acceptons la contrainte des 15 jours de folie. Ça fait du bien pour tout. »
Régine. « C’est une très belle fête….pour les skippers et pour toutes ces personnes amoureuses de la mer. De plus, de la joie et des chants réchauffent le cœur dans ces moments très troublés. Bravo aux skippers et continuez à nous régaler. »
Anthéa (avec un brin d’ironie). « Ça m’énerve vraiment de voir à quel point c’est une belle fête populaire, à quel point tout le monde a le sourire. En plus le village est gratuit et il y a plein d’activités de proposées par les sponsors. C’est vraiment nul que ça ne soit que tous les 4 ans. »
Georges. « C’est un événement mondial, avec des techniciens hors pair et du matériel haut de gamme. La visite est gratuite. Le cadre est magnifique. Les skippers femmes et hommes sont courageux. C’est donc exceptionnel. »
Jack. « 10 jours de fêtes ! De passions, de joie dans cette période si nauséabonde ! Alors tant pis pour les rageux et les grincheux ! Sans compter la manne financière pour la région… »