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ENTRETIEN. « La motivation est presque plus forte qu’en pro » : Benoît Trémoulinas de retour sur les terrains pour les Girondins de Bordeaux

Lancé dans une préparation individuelle depuis début septembre, l’ancien latéral gauche explique le défi de rejouer pour son club de cœur relégué en R1, neuf ans après sa fin de carrière

Benoît Trémoulinas, ici en spectateur d’un match des Lionnes du Stade bordelais le 5 mai dernier.

Quand avez-vous eu l’idée de tenter cette aventure ?

Elle a commencé à germer ces deux dernières années lorsque j’ai particip...

Quand avez-vous eu l’idée de tenter cette aventure ?

Elle a commencé à germer ces deux dernières années lorsque j’ai participé à des matchs caritatifs, notamment celui pour les 100 ans du stade Chaban-Delmas (14 mai 2024). C’était le premier depuis mon arrêt de carrière. J’avais disputé la deuxième mi-temps, sans préparation. Je m’étais senti bien, sans douleur au genou. Ma compagne et mes amis m’ont dit : tu te rends compte de tes capacités ? Ça m’a mis la puce à l’oreille. J’ai fait un test d’efforts il y a cinq mois avec l’ancien cardiologue des Girondins Laurent Labbé, avec le même retour. Puis il y a eu les ennuis des Girondins. Quand j’ai appris qu’ils allaient finir en Régional 1, je me suis dit pourquoi pas. Mais je voulais que ça se fasse de manière sérieuse et réfléchie, bénévole, avec d’abord une préparation physique, se remettre à l’endroit niveau alimentation, sommeil. Je ne veux pas le faire à moitié.

Avez-vous contacté Jean-Louis Triaud (président de l’association) et vos connaissances au club ?

Je voulais savoir ce qu’il se passait. J’ai discuté avec Arnaud Cormier [entraîneur de l’équipe première, NDLR] et il était assez emballé. Mais cela reste un projet honnête et humble. Je ne suis pas là pour le mettre en difficulté, dire « je veux jouer ». Des joueurs importants sont restés. Je viens en complément. Le Régional 1, ça va envoyer tous les week-ends, il y aura sans doute des blessures. S’il faut rentrer dix minutes latéral, jouer milieu devant la défense ou dans une défense centrale à trois, je le ferai. Il y a aussi la volonté de ramener une identité de club.

« Tant que Gérard Lopez était là, c’était impensable pour moi de revenir »

Est-ce lié aussi au goût d’inachevé de votre fin de carrière, à 32 ans ?

Totalement. J’ai disputé mon dernier match en demi-finale de Ligue Europa contre le Shakhtar Donetsk [avec le FC Séville, le 5 mai 2016] sans savoir que ça l’était. J’ai été opéré trois fois de mon genou. La troisième, par le chirurgien Eric Lasseur à Libourne, visait juste à sauver ma vie quotidienne car j’avais tout le temps mal. Ça a été dur un ou deux ans, puis je me suis mis au repos. Ça m’a fait beaucoup de bien. J’ai repris le sport, du padel, il y a trois ans. Aujourd’hui, je ne peux plus m’entraîner au quotidien mais deux ou trois fois par semaine et un match, il n’y a pas de soucis. Eric Lasseur trouve ça génial. Il m’a dit : tu as de l’expérience, tu vas savoir gérer.

Jouer vous a-t-il manqué ?

Pas du tout jusqu’à ce match à Chaban-Delmas. Celui-ci, avec les copains, dans ce stade, je devais y être. Et j’ai pris beaucoup de plaisir.

Retouchez-vous au ballon avec votre préparateur ?

Oui, depuis deux semaines avec un autre joueur qui vient en complément sur tout ce qui est jeu, passes, centres. Je vais moins vite qu’avant, mais la technique et le pied sont toujours là. Je récupère le volume. Il me manquera le rythme, mais il viendra avec l’entraînement collectif.

« Peut-être que repartir du niveau amateur va aider le club à se remettre les idées en place »

Des anciens coéquipiers vous ont-ils appelé pour vous féliciter ou dire que ça leur donnait envie ?

Benoît Costil m’a envoyé un message sympa. On a joué pas mal de matchs ensemble avec le Variété et la Team des Légendes dont le dernier en Pologne contre d’ex-pros dont Grzegorz Krychowiak (ex-Girondin) où ça va avait pas mal envoyé.

Savez-vous à quel niveau vous attendre en Régional 1 ?

Oui, j’ai quelques amis qui y ont joué. Tactiquement, c’est moins fort qu’au-dessus mais il y a beaucoup de jeunes qui vont vite, pas mal d’intensité.

Le club veut monter. Est-ce de la pression pour vous aussi ?

Oui, car beaucoup de gens vont m’attendre. Si l’équipe était restée en N1, je n’aurais peut-être pas tenté car mon genou et mon travail [consultant pour la chaîne L’Équipe] ne me permettent pas de m’entraîner tous les jours. Mais si je le fais, c’est que je pense être capable.

Avez-vous échangé avec le président Dominique Delport et les nouveaux propriétaires ?

Non, pas du tout. Mais je pense que le contact s’établira quand ça sera officiel. Il faut d’abord que j’intègre les entraînements et que les sensations soient bonnes.

Quel regard avez-vous sur tout ce qu’il s’est passé ?

C’est difficile car les Girondins sont mon club de cœur. Je suis arrivé à l’école de football en 1994 et j’y ai tout connu. C’est ma deuxième famille. Dans mon rôle de consultant, j’ai souvent tapé sur la table concernant Gérard Lopez car sa gestion était incohérente. Tant qu’il était là, c’était impensable pour moi de revenir. Aujourd’hui, il y a une totale reconstruction. Peut-être que repartir du niveau amateur va permettre au club de se remettre les idées en place et de repartir plus sereinement.

Paul Baysse a été intégré au staff de R1, Pierre Ducasse est revenu, Alain Giresse est en lien avec Dominique Delport… Les anciens sont-ils en train de se réapproprier le club ?

Ils sont là comme moi pour aider un club qu’ils aiment. Paul, avec qui j’ai été champion de CFA, et Pierre ont des idées, connaissent le club et ses valeurs : le partage, l’histoire derrière ce maillot. Il y a un vrai travail à faire avec les joueurs, mais aussi avec les clubs amateurs autour pour recréer le lien.

L’encadrement vous attire-t-il ?

Pour l’instant, je n’ai pas eu l’envie. Peut-être que ça viendra quand j’intégrerai le groupe en tant que joueur. Mon métier de consultant me plaît et me prend de plus en plus de temps aussi.

Vous étiez là lors du dernier titre des Girondins, la Coupe de France en 2013. Un titre de Régional 1 aurait-il un goût particulier ?

Dans un premier temps, il faut y aller match après match. Quand je suis parti, j’avais tout gagné avec le club et j’avais envie d’un autre défi. Aujourd’hui, la motivation est presque plus forte qu’en pro. J’ai été pas mal interpellé ici, même à Paris par des supporters d’autres clubs qui m’ont encouragé. Ça me touche et ça montre que le projet ne laisse pas indifférent.

Vous vous voyez poursuivre longtemps si ça fonctionne ?

Non. L’objectif est de faire la saison. J’aurai 41 ans. En cas de montée, il y aura plus de matchs, d’entraînements. L’objectif est d’aider le groupe et après ils s’envoleront, j’espère au-dessus.

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