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"Je vis ma vie, je vis mon rêve", "cet été, je savais que j’étais au MHSC" : les confidences de Laciné Megnan, phénomène de précocité et jeune "normal"
"La notion d’amusement est là. Il le faut. C’est ma raison de jouer au foot", explique le jeune attaquant. JEAN MICHEL MART

Doit-on vous appeler Lamine Megnan maintenant ?

(sourire) Non, non, c’est toujours Laciné.

Si on vous pose la question, c’est parce que vous êtes le premier joueur à inscrire 3 buts avant ses 17 ans dans l’un des cinq grands championnats européens (L1, L2 confondues) depuis Lamine Yamal en 2024. Est-ce que ce type de stat signifie quelque chose, et plus généralement, faites-vous attention aux chiffres ?

Je suis un attaquant, donc les stats, c’est toujours important. Mais je ne suis pas focalisé principalement sur ça. Je suis un joueur de collectif d’abord et je vais peut-être sortir du lot ensuite. Maintenant, être comparé aux meilleurs, ça fait toujours quelque chose. Même si c’est subjectif. Chacun est comme il est.

Ces débuts dépassent-ils vos attentes ?

J’étais parti dans une optique de gratter des minutes, ce que j’ai fait, et d’apporter au collectif, ce que j’essaye de faire le mieux possible chaque jour. Bien sûr, ça me met en confiance de pouvoir jouer, de “stater”, de voir qu’avec l’équipe on s’en sort bien. Donc j’espère que ça va continuer, pour l’équipe et moi. Mais déjà, mon rêve était de signer professionnel. Et mon rêve continue. Je n’avais pas forcément plus d’appréhension que ça. Je vis ma vie et je vis mon rêve comme il doit se passer.

Vous le seriez-vous attribué le but contre Dijon, votre premier en pro ?

(Sourire) Ça aussi c’est subjectif, parce que la balle, je la touche. C’est le joueur qui la met dedans, mais je touche. Après la Ligue a dit que c’était moi.

Lequel de vos trois buts est votre préféré pour l’instant ?

Celui contre le Red Star. Du pied droit comme ça, il est dur à prendre. On en avait parlé avec le coach (Zoumana Camara) qu’il fallait que je resserre (dans l’axe). Parce qu’à l’entraînement, deux ou trois fois, j’ai manqué au second poteau. Là, j’ai vu que Mamad’ (Mamadou Camara) était bas donc je me suis dit que c’était à moi d’y aller. Neuf de formation, j’ai pensé premier poteau, et ça a marché.

Physiquement, (en Ligue 2) il y a de l’impact, de la technique, c’est plus précis dans les placements qu’en jeunes. C’est un gros changement, j’essaie de m’adapter.

Vous découvrez à peine le foot des adultes. Pourtant, on a ce sentiment avec vous que tout est facile. Est-ce le cas ?

Je ne pense pas parce qu’il y a eu un long moment d’adaptation. J’ai eu la chance, dès que j’ai signé en février, de pouvoir m’entraîner avec les pros, même si je ne pouvais pas jouer avec eux. Ça m’a mis un peu dans le bain. Comme la préparation estivale qui était dure. Et jouer les premiers matches amicaux contre des équipes de Ligue 3, de N2 et de N1, ça m’a mis dedans.

Mais la Ligue 2 est un championnat difficile. Physiquement, il y a de l’impact, de la technique, c’est plus précis dans les placements qu’en jeunes. C’est un gros changement, j’essaie de m’adapter.

Megnan est déjà apparu à huit reprises en dix journées de L2 (6 titularisations), pour trois buts et une passe décisive.
Megnan est déjà apparu à huit reprises en dix journées de L2 (6 titularisations), pour trois buts et une passe décisive. JEAN MICHEL MART

La blessure de Mamadou Camara avant la 2e journée vous a propulsé titulaire pendant quatre matches. Avez-vous compris tout ce qui se passait ?

Au début, j’avoue que j’étais un peu surpris. Je pensais que le coach allait mettre quelqu’un d’autre à ma place, parce que je suis jeune. Mais quand j’ai compris qu’il ne faisait pas forcément attention à l’âge, qu’il me l’a fait comprendre, j’ai saisi ma chance. Je me suis dit que c’était mon moment, il fallait que je fasse ce que je sais faire, jouer au foot. Même si c’était malheureux pour Mamad’.

Je suis quelqu’un de nostalgique. Et peut-être que dans 3-4 ans, je me dirai : "Purée, quand j’étais petit, c’était quelque chose."

Quand vous vous arrêtez, est-ce qu’il vous arrive de penser à ce que vous êtes en train de vivre ?

Je suis quelqu’un de nostalgique. Je vais penser forcément aux bons moments passés. Maintenant, comme on est dans le travail et qu’on veut faire mieux, je pense qu’on ne fait pas forcément attention à ce qu’on vit. Comme je suis jeune, je profite du moment présent. Et peut-être que dans 3-4 ans, je me dirai : "Purée, quand j’étais petit, c’était quelque chose."

Convoqué en équipe de France U17

Laciné Megnan a été appelé jeudi en équipe de France U17 avec les jeunes Montpelliérains Guy Christopher Baloukoula et Soyan Ameur. Les Bleuets de Johan Radet disputeront le 1er tour de l’Euro de la catégorie en Arménie du 11 au 17 novembre. Trois matches sont au menu, contre le pays hôte, le Luxembourg et l’Italie, dans ce mini-tournoi dont les deux premiers sont qualifiés pour le deuxième tour, organisé au printemps 2027.

La fin d’été a été très animée, avec notamment les convoitises du PSG. Comment se blinde-t-on face à l’emballement médiatique ?

Je ne me suis pas plus emballé que ça. Je savais que j’étais à Montpellier. Je fais abstraction de tout ça. J’étais là pour jouer et je continue dans cette optique-là. J’ai un cadre autour de moi, mes parents, les personnes qui m’entourent, sont là pour gérer ça. Ils me font des petits retours, mais je ne suis pas plus préoccupé que ça. Ce qui m’intéresse, c’est le football, les matches, les entraînements, ma vie en général.

L’intérêt que me porte le MHSC est réciproque. Je les aime comme eux m’aiment. Je ne voulais pas sauter d’étape. On verra plus tard ce que le temps décide.

Pourquoi n’avez-vous pas cédé aux sirènes de grands clubs ?

Montpellier, c’est mon club depuis que je suis petit. C’est gratifiant de pouvoir jouer à La Mosson. L’intérêt que me porte le club est réciproque. Je les aime comme eux m’aiment. Je ne voulais pas sauter d’étape mais jouer dans mon club formateur, me faire ma propre expérience. On verra plus tard ce que le temps décide.

Vous aviez envie de vivre au moins une saison ici ?

Voilà, exactement.

Vous avez signé deux contrats en huit mois : le premier (contrat professionnel) en février, la prolongation la semaine dernière. Avez-vous le sentiment de toucher votre rêve du doigt ?

Quand j’ai signé en février, je me suis dit : “Je touche mon rêve”. Mais ce n’était pas encore fait. Comme je ne pouvais pas jouer encore, que j’allais en U19, je ne voyais pas que ça avait changé. Mais à partir de Dijon (1re journée de L2, 1-1), la première fois que je suis parti pour rejoindre La Mosson, je me suis vraiment rendu compte que je réalisais mon rêve.

Je pense à moi quand j’étais petit, en haut, que je voyais les joueurs sortir. Mavididi, Delort… Je les applaudissais. Et je suis à leur place.

Vous vous entraîniez avec les pros sans pouvoir jouer avec eux. Vous n’étiez pas impatient ?

Pas du tout, je suis quelqu’un de calme. Je ne m’inquiète pas de ce qui va se passer parce que c’est le destin, c’est déjà prédéfini. On peut provoquer sa chance, mais je fais ce que j’ai à faire du moment présent et on voit ce qui se passe plus tard.

"On peut provoquer sa chance, mais je fais ce que j’ai à faire du moment présent", dit Laciné Megnan.
"On peut provoquer sa chance, mais je fais ce que j’ai à faire du moment présent", dit Laciné Megnan. JEAN MICHEL MART

Comment votre prolongation s’est-elle décidée ?

On m’a demandé si je voulais. Bien sûr, je n’ai pas hésité. J’ai vu que je commençais à jouer, qu’il y avait de la confiance placée en moi. Il faut la rendre. C’est mon club formateur, il ne fallait pas tergiverser.

Que ressentez-vous quand vous marquez à La Mosson ? Ou, comme lundi, quand vous êtes remplacé et applaudi par chaque tribune ?

Je remercie le public déjà. Sans lui, le match ne serait pas comme il est. Puis je pense à moi quand j’étais petit, en haut, que je voyais les joueurs sortir. Mavididi, Delort… Je les applaudissais. Et je suis à leur place.

"Chaque fois que je rentre sur un terrain, je m’amuse", nous aviez-vous dit en mai. Est-ce toujours le cas ?

La notion d’amusement est là. Il le faut. C’est ma raison de jouer au foot. Ce n’est pas différent aujourd’hui. Il y a plus d’exigences mais aussi plus d’amusement finalement.

Je n’ai pas le parcours d’un ado de 16 ans classique. C’est ma vie qui est comme ça. Mais je suis normal.

Vous donnez l’impression d’aimer particulièrement le duel balle au pied, le dribble. Est-ce que cela va avec cet amusement ?

Voir qu’on a éliminé l’adversaire, ça fait toujours quelque chose. Même quand on rate, si on a réussi une ou deux fois, on se dit qu’on peut le refaire. Dribbler un joueur, ça fait toujours quelque chose à l’ego. Tu as envie de le refaire. C’est bien de dribbler (sourire).

Vous êtes en Terminale STMG. Mais comment jonglez-vous entre la vie de joueur pro et celle d’un ado ?

C’est dur. J’ai arrêté l’école. C’est aussi le fait de se consacrer à son métier. Je n’ai pas le parcours d’un ado de 16 ans classique. C’est ma vie qui est comme ça. Maintenant, je n’ai pas le temps d’aller en cours, mais je sors, j’ai des amis en dehors, je suis normal.

On parle beaucoup de votre âge. Est-ce que vous aimeriez que ce ne soit plus le cas ?

C’est vrai qu’on m’en parle beaucoup. Mais ça ne me dérange pas plus que ça. Si je dis aux gens d’arrêter, ils vont encore plus le faire. Comme un enfant (sourire). Alors je le vis normalement.

 

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