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Le 2 mai, les larmes le désarment. Brisent l’armure d’une fierté au-dessus de tout. Devant la "Butte", pour sa dernière sortie à La Mosson face à Clermont, elles remontent de loin. D’un inimaginable départ de Montpellier, sa ville, son club, ses racines.
Frustré ou vexé par son crépuscule montpelliérain, vécu sur le banc de touche, cette rupture lui arrache les larmes d’adieu. Une déchirure pour l’enfant de la cité Gély, refoulé après la formation au MHSC, adulé à son retour et rejeté une seconde fois.
Téji Savanier, rivé à sa matière brute, fait front à tout. Tête haute, cet écorché vif ne se dérobe jamais, mais il n’était pas prêt à ça. À cet afflux d’émotion qui vous échappe, à ce trop-plein de sentiments qui déborde. Lui qui était maître de tout, absous de presque tout à La Paillade.
Six mois plus tard, Téji Savanier (34 ans) y revient en silence. Il s’y réfugie pour vivre son premier retour à La Mosson. Un retour inédit, dans la peau d’un joueur de Metz, sans rancœur et content de jouer ce match particulier en termes d’émotion selon ses proches.
"On va l’applaudir, un point c’est tout. Téji, qui a des liens étroits avec des gens de la tribune, nous a toujours respectés. Et on le respecte, mais il faut gagner ce match à tout prix", assure Sylvain, capo des Ultras la Butte-Paillade.
Vendredi, Téji Savanier, considéré comme un soliste au jeu instinctif, aura face à lui Montpellier, corseté dans un collectif échafaudé par Zoumana Camara. Deux mondes à part, et une ligne de démarcation. "Je n’ai pas eu une manière différente de préparer ce match car Savanier revient à La Mosson", souffle le technicien montpelliérain.
Sur sa terre d’exil, loin de Montpellier qu’il n’avait quitté ni pour Milan, ni pour le FC Séville, il n’est plus "Téji pour tous", il est "M.Savanier". À l’autre bout de la France, il trouve un second chez soi. Dans la chaleur concoctée par le président Bernard Serin ou Carlo Molinari, ancien président décédé mercredi à 93 ans. Un ex-président, inscrit dans le patrimoine français, comme l’était "Loulou" Nicollin.
Là-bas, "Téji" a noué une relation de confiance avec eux, il est aussi adopté par le nouveau coach Grégory Proment. Qui lui laisse carte blanche dans l’animation offensive, qui apprécie l’homme qui marche à la parole.
Au moment du décès de Kilian, cousin avec lequel il a grandi, Metz, et son entraîneur Grégory Proment, lui ont accordé le temps du deuil. Sensible à ces gestes d’affection, tout comme à la gerbe messine déposée sur la tombe, il a répondu par un doublé devant Sochaux. Et une célébration dédiée à Kilian.
Selon son entourage, très présent, il se balade en ville sans GPS. Trouve ses repères, découvre la région. Présent samedi pour soutenir "la réserve" dans le froid lorrain, ou évidemment au jubilé de Robert Pires, icône messine. Et, quand il est bien, il régale sur le terrain. Quatre buts, deux passes décisives en huit rencontres, il avance sur des standards revanchards.
Affûté, avec quelques kilos en moins, les joues creusées pour gommer les reproches d’hier, Téji Savanier fait partie avec Jessy Deminguet des joueurs qui courent le plus. Il enchaîne les matchs à plein temps. Son jeu évolue au gré de sa forme renaissante, lui permet d’être présent à la finition."Même si l’équipe n’est pas construite autour de lui, il y a une équipe avec et sans Savanier. Il est clairement au-dessus", constate un observateur.
"Il fait partie des cadres, il a le rôle de grand frère. Sur le terrain, il conseille, replace, rassure", poursuit ce confrère, qui relève son professionnalisme auprès des médias. Toujours prêt à répondre, un peu moins à l’approche du rendez-vous à La Mosson.
Avec son jeu, et ses passes aveugles, il en met plein les yeux. Il répand le plaisir du geste, il profite de la vie d’un vestiaire. Vie un peu clanique entre potes, entre rigolades et anecdotes, tombées d’une mémoire à tiroirs. D’une mémoire qui n’oublie rien, encore moins les écorchures.
La seule fois où il a croisé Montpellier, le 3 février 2019 ; aux Costières (1-1), Téji Savanier a zébré la rencontre de ses transversales lasers. Comme un acte de candidature à un transfert. Pour retrouver son pote Andy Delort de l’autre côté du Vidourle. Pour vivre un retour, qu’il imaginait définitif, pour reconquérir sa fierté bafouée et jouer chez lui. À La Mosson.