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Oryx, Unisport, Éclair : Samuel Eto’o, la Fécafoot et leurs CPG illégaux

Le Comité d’urgence de la Fecafoot, convoqué par Samuel Eto’o, a placé l’Oryx Club de Douala sous comité provisoire de gestion (CPG) pour douze mois, à la place d’un bureau réélu en décembre 2025. C’est la troisième intervention de ce type depuis janvier, après Éclair Football Filles de Sa’a et Unisport du Haut-Nkam. Pourtant, un club n’est pas membre de la fédération : il est agréé par le ministère des Sports et s’administre selon ses statuts. Et la Fecafoot ne cite aucun texte qui l’autoriserait à remplacer des dirigeants élus.

Oryx : un bureau élu remplacé en visioconférence

Selon le communiqué, le Comité d’urgence s’est réuni en visioconférence sur convocation de Samuel Eto’o. Il comprenait les quatre vice-présidents, Céline Eko Mendomo, Abdoulkarim, Arthur Djampir et Pascal Shu Abunde. S’est aussi joint à eux Pierre Batamack, représentant des clubs professionnels. À l’unanimité, il a invoqué une « situation de crise », une « perte de confiance entre les membres dirigeants ». Et « l’impossibilité de tenir une Assemblée Générale ordinaire de début de saison ».

Guy Roger Moudiki a été porté à la tête du CPG. Il gère « les affaires courantes » du club, dispose d’un délai de « 12 mois » pour organiser une assemblée élective. Le même Comité d’urgence de la Fécafoot a même nommé un manager général.

Le bureau ainsi écarté avait pourtant été réélu le 14 décembre 2025. Ce jour-là, l’assemblée générale avait reconduit par acclamation Daniel Pascal Nsongo pour un mandat complet. C’était en présence du président de la Ligue régionale du Littoral, Louis Robert Mbekeck.

Le communiqué ne cite qu’un texte, l’article 49 des statuts de la Fecafoot, qui traite du quorum pour la tenue du Comité d’urgence. Rien n’est dit sur les articles qui autorisent la fédération à nommer des dirigeants un club à la place des membres du club.

Le club n’est pas membre de la Fecafoot

Que ce soit dans sa version de juillet 2021, de octobre 2023, ou de novembre 2024, les statuts de la Fécafoot énumèrent ses membres : la ligue spécialisée du football professionnel, les dix ligues régionales, les ligues du football des jeunes, féminin, futsal, beach soccer, corporatif et vétérans, ainsi que les associations représentant les joueurs, les entraîneurs, les arbitres et le personnel médical. Les clubs n’y figurent pas.

Dans les versions d’octobre 2023 et de novembre 2024, l’article 19.1 place bien le club sous « la tutelle et le contrôle de la ligue ou de l’entité juridique qui en tient lieu et de la FECAFOOT ». Mais le même alinéa précise comment le club est dirigé : il adopte un « statut-type » approuvé par l’assemblée générale de la Fecafoot, qui détermine « son organisation et les conditions de désignation des membres de ses organes ». Ce sont donc les statuts du club, et non une décision de la fédération prise au cas par cas, qui disent comment ses dirigeants sont choisis. Exercer une tutelle et un contrôle, ce n’est pas remplacer la direction d’un club. Quant aux règles que la Fecafoot applique à ses membres, comme la suspension ou l’exclusion prononcées par l’assemblée générale (articles 15 et 16), elles ne visent que ses membres. Et donc pas les clubs.

L’agrément du club vient de l’État

La loi n° 2018/014 du 11 juillet 2018 sur les activités physiques et sportives définit le club comme une « personne morale de droit privé » (article 10). L’association sportive « élabore librement » ses statuts, sous le contrôle de conformité du ministère (articles 7 et 8). Surtout, « le fonctionnement des clubs amateurs et professionnels est soumis à l’agrément du ministre chargé des sports » (article 41).

En cas de « faute grave », c’est encore au ministre que la loi donne le pouvoir de sanctionner. Le ministère peut ainsi suspendre les activités d’un club ou lui retirer son agrément (article 87). Aucun article ne permet au ministre de nommer lui-même les dirigeants d’un club, et à plus forte raison à une fédération.

La loi n° 90/053 du 19 décembre 1990 sur la liberté d’association pose le principe général : les associations « s’administrent librement dans le respect de leurs statuts et de la législation en vigueur » (article 9). Depuis 1999, elle renvoie les associations sportives à des textes particuliers, mais ces textes, dont la loi de 2018, ne prévoient pas non plus de comité imposé de l’extérieur. Même dans le cas le plus grave, un trouble à l’ordre public, la loi de 1990 ne prévoit qu’une suspension de trois mois au plus, décidée par arrêté du ministre de l’Administration territoriale et contestable devant le juge (article 13).

Ce que la Fecafoot peut faire, et ce qu’elle ne peut pas faire

La fédération a bien des pouvoirs sur les clubs. La loi de 2018 lui donne le « pouvoir disciplinaire » sur les clubs affiliés (article 46). Ses statuts prévoient des sanctions contre eux : avertissement, amende, huis clos, retrait de points, exclusion d’une compétition, rétrogradation (article 72). Elle délivre aussi les licences des clubs (article 62) et tranche les litiges sportifs.

Aucun article des statuts, ni des règlements généraux, ne prévoit en revanche de comité provisoire de gestion pour un club. Les statuts vont même dans le sens contraire. Tout club doit pouvoir prendre ses décisions « indépendamment de toute entité externe » (article 19.8). Et la Fecafoot elle-même « ne reconnaît pas » les organes de ses membres « nommés uniquement à titre intérimaire » (article 18.3).

Le Comité d’urgence a lui aussi des compétences limitées. L’article 49 lui confie « les affaires nécessitant d’être réglées entre deux sessions du Comité Exécutif ». Ses décisions doivent être communiquées au Comité exécutif dans les vingt-quatre heures et « confirmée[s] par le Comité Exécutif lors de sa prochaine session ». Un comité nommé pour douze mois, soit une saison entière, n’a plus grand-chose d’une mesure d’attente entre deux sessions.

La Fecafoot est elle-même une association membre de la FIFA. Et la FIFA peut installer un comité de normalisation à la tête d’une fédération nationale, comme elle l’avait déjà fait au Cameroun. Mais elle le peut parce que ses propres statuts le prévoient expressément. Les statuts de la Fecafoot ne contiennent aucune disposition équivalente pour les clubs.

Des précédents qui s’accumulent

Club Date Durée du CPG Ce qu’on sait
Dynamo de Douala Novembre 2022 1 mois Après la démission de la présidente Audrey Chicot
Éclair Football Filles de Sa’a 23 janvier 2026 Non précisée La famille du fondateur conteste et demande le retrait du CPG
Unisport du Haut-Nkam 28 septembre 2026 4 mois La Chambre de résolution des litiges de la Fecafoot venait d’annuler les suspensions prononcées dans le club
Oryx de Douala 27 octobre 2026 12 mois Le bureau avait été réélu le 14 décembre 2025

Dans aucun de ces cas, la décision rendue publique ne cite la base juridique de l’intervention. Et la durée des CPG ne cesse de s’allonger : un mois en 2022, quatre en septembre 2026, douze aujourd’hui.

Quels recours pour les clubs ?

Les statuts de la Fecafoot organisent d’abord des recours internes : la Commission de recours (article 71) et la Chambre nationale de résolution des litiges (article 69). Viennent ensuite la Chambre de conciliation et d’arbitrage du Comité national olympique et sportif du Cameroun (CNOSC), puis le Tribunal arbitral du sport (TAS). La loi de 2018 permet aussi de contester devant le juge administratif les actes réglementaires des fédérations (article 99).

Les statuts de la Fecafoot interdisent bien de saisir les tribunaux ordinaires (article 74). Mais cette obligation s’impose à ses membres, et le club n’en est pas un. Reste enfin l’autorité qui a délivré l’agrément, le ministère des Sports, qui n’a pas réagi publiquement.

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