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Qu’est-ce que le Red-S, ce syndrome méconnu qui épuise les sportifs et menace leur santé ?
Fatigue permanente, blessures à répétition, performances en chute libre… Et si le problème ne venait pas de l’entraînement, mais du manque de carburant ? Longtemps ignoré, le Red-S est aujourd’hui l’une des préoccupations majeures du sport de haut niveau. (Photo : Photo d’illustration : Thomas Brégardis / Ouest-France)

Fatigue permanente, blessures à répétition, performances en chute libre… Et si le problème ne venait pas de l’entraînement, mais du manque de carburant ? Longtemps ignoré, le Red-S est aujourd’hui l’une des préoccupations majeures du sport de haut niveau. Derrière cet acronyme se cache un syndrome capable de miner progressivement la santé des athlètes, à leur insu.

Le Red-S, pour Relative Energy Deficiency in Sport. Traduisez : déficit énergétique relatif dans le sport. Ce syndrome méconnu apparaît lorsque le corps ne reçoit pas suffisamment d’énergie par rapport à ce qu’il dépense à l’entraînement et en compétition. Autrement dit : l’athlète brûle plus de carburant qu’il n’en apporte à son organisme.

Face à ce manque chronique d’énergie, le corps est obligé de faire des choix. Il privilégie les fonctions vitales et réduit progressivement d’autres mécanismes essentiels. Les conséquences peuvent alors toucher de nombreux systèmes : hormonal, osseux, immunitaire, métabolique ou encore psychologique.

Le Comité international olympique a officiellement reconnu ce syndrome en 2014, élargissant un concept auparavant limité à la « triade de la sportive », qui associait déficit énergétique, trouble menstruel et fragilité osseuse.

L’Américaine Emma Navarro a récemment révélé avoir souffert de ce problème de santé en se hissant dans le top 10 mondial. (Photo : CLIVE BRUNSKILL / AFP)

L’Américaine Emma Navarro, 24e joueuse mondiale de tennis, a révélé le 8 octobre 2026 dans le journal L’Équipe avoir souffert de ce problème de santé durant trois ans tout en parvenant à se hisser dans le top 10 mondial au prix d’énormes efforts. La tenniswoman de 25 ans évoque, pêle-mêle, « maux de tête », « vertige », « cerveau lent et fatigué », « irritabilité ».

Alexis Phelut, athlète français spécialiste de Steeplechase, 12e aux JO de Tokyo, a vécu les mêmes souffrances durant ces deux dernières années d’athlétisme a-t-il révélé sur ses réseaux sociaux.

Un problème qui touche aussi les hommes

Longtemps considéré comme une pathologie féminine, le Red-S concerne aujourd’hui les deux sexes. Chez les femmes, l’un des premiers signes d’alerte est souvent la disparition des règles. Chez les hommes, les symptômes sont plus discrets : baisse de la testostérone, fatigue inhabituelle, diminution des performances ou récupération plus difficile.

Cette différence explique en partie pourquoi le syndrome reste souvent « sous-diagnostiqué chez les sportifs masculins », peut-on lire chez nos confrères du quotidien sportif.

Quand le corps commence à tirer la sonnette d’alarme

Le Red-S ne provoque pas forcément un effondrement brutal. Il s’installe généralement de façon progressive.

Les signes les plus fréquents sont : une fatigue persistante, une baisse des performances, des blessures à répétition, des fractures de fatigue, une récupération plus lente, des troubles hormonaux, des difficultés de concentration, une diminution des défenses immunitaires.

Le danger est que beaucoup d’athlètes interprètent ces symptômes comme une conséquence normale d’un entraînement intensif. Or, ce n’est pas forcément le cas. Le Red-S n’est pas non plus lié à des troubles alimentaires. Il peut apparaître simplement lorsque les besoins énergétiques augmentent plus vite que les apports alimentaires. Les sports d’endurance, comme le cyclisme, la course à pied, le triathlon ou le ski de fond, sont particulièrement exposés.

Ces derniers mois, le Red-S a fait irruption dans le débat public grâce aux témoignages de plusieurs coureuses professionnelles.

Selon l’enquête d’Ouest-France parue le 30 août 2025 durant le Tour de France femmes, cette question préoccupe désormais fortement les équipes féminines, où médecins et nutritionnistes surveillent notamment le cycle menstruel des athlètes afin de détecter rapidement d’éventuels déséquilibres énergétiques.

La cycliste française Cédrine Kerbaol a notamment alerté sur la pression exercée autour du poids dans le peloton. Dans un sport où le rapport poids-puissance joue un rôle majeur, la tentation est parfois grande de continuer à perdre quelques kilos pour gagner quelques secondes dans les ascensions.

Or les spécialistes rappellent qu’il existe une différence fondamentale entre une perte de poids encadrée et temporaire, adaptée à un objectif sportif précis, et un déficit énergétique prolongé qui finit par mettre l’organisme en danger.

Des conséquences qui dépassent largement le sport

Le Red-S n’affecte pas seulement les résultats sportifs. À long terme, il peut compromettre la santé générale de l’athlète.

La diminution de la densité osseuse constitue l’une des complications les plus préoccupantes. Dans les cas sévères, le risque de fractures augmente considérablement. Les troubles hormonaux peuvent également avoir des répercussions durables sur la santé reproductive et métabolique. « Il peut y avoir un risque vital quand on est atteint d’ostéoporose, puisque dans les cas les plus graves, on peut finir paraplégique ou tétraplégique », expliquait à Ouest-France, Matthieu Muller, gynécologue de l’équipe féminine de cyclisme, Cofidis.

Le paradoxe de la performance

Le Red-S illustre une réalité parfois oubliée dans le sport de haut niveau : vouloir être toujours plus léger ne signifie pas forcément être plus performant. À court terme, quelques kilos en moins peuvent parfois offrir un avantage. Mais lorsque l’organisme manque durablement d’énergie, il finit par présenter l’addition : fatigue, blessures, baisse de forme et problèmes de santé.

Le corps d’un athlète est une machine de haute précision. Et comme toute machine, il a besoin de carburant pour avancer. Lorsqu’il commence à rouler sur la réserve, les performances baissent. Lorsqu’il roule trop longtemps à vide, c’est la santé qui est en jeu.