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« Nous allons droit dans le mur ». Matthieu Jalibert a lui aussi porté sa voix. Après Antoine Dupont fin octobre, qui a rappelé que les joueurs ne sont pas « des machines non plus ». « Tant mieux pour le spectacle mais tant pis pour nous, c’est évident« , avait tonné le capitaine des Bleus (29 ans, 64 sélections) lorsqu’il était interrogé sur la santé des joueurs.
Oscar Jégou en avait remis une couche quelques jours plus tard : « Maintenant, à partir de 25 ans, tu es déjà un joueur de rugby ‘vieux’. C’est très compliqué d’enchaîner et de faire trente matchs par saison », avait déclaré le troisième ligne rochelais en conférence de presse. « Il faut trouver une solution pour nous protéger », avait prié le joueur de 23 ans (15 sélections).
L’expérimenté Cyril Baille a lui aussi confirmé l’urgence de la situation : « Tous les ans, ça prend un cran. Que ce soient les entraînements, les matchs, il y a tout qui va plus vite », a constaté le Toulousain (33 ans, 56 sélections). « On sent vraiment une différence depuis, on va dire, cinq, six ans. Tous les ans, c’est de plus en plus dur.«
L’ouvreur de l’UBB et des Bleus, qui fait partie des joueurs phares du rugby français, est donc le dernier à avoir tapé du poing sur la table au sujet de la santé des joueurs alors que 150 rugbymen sont indisponibles à l’aube de la 9e journée de Top 14 ce week-end.
« L’inquiétude est non seulement partagée, mais elle devient critique. Le constat est alarmant : le nombre de blessures, notamment musculaires ou ligamentaires, ne cesse d’augmenter à une allure folle », a déclaré Matthieu Jalibert dans un long entretien à Midi Olympique.
Le joueur (28 ans, 42 sélections) est en colère et ne mâche pas ses mots :
"Ce n’est pas un hasard ni une fatalité. Cela fait des mois, voire des années, que les joueurs et plusieurs entraîneurs tirent la sonnette d’alarme concernant la surcharge des calendriers. Les internationaux français jouent beaucoup trop de matchs par an par rapport à leurs homologues des autres grandes nations."
C’est une évidence : les joueurs sont en train de monter au créneau, las de servir de chair à canon dans un rugby de plus en plus destructeur et avide de spectaculaire. « Nous sommes tous sur la même longueur d’onde », assure Matthieu Jalibert dans le journal du rugby.
« Qu’il s’agisse des joueurs sur le terrain ou des managers de clubs, le diagnostic est identique : l’organisme humain a ses limites. Les matchs d’aujourd’hui sont d’une intensité physique et d’une violence dans les impacts qui n’ont plus rien à voir avec le rugby d’il y a dix ans. On ne peut pas demander aux organismes d’enchaîner 30 à 35 matchs de cette violence par saison sans qu’il y ait de la casse lourde. »
Quadruple champion de France en titre, le manager de Toulouse Ugo Mola avait lui aussi alerté face à la presse il y a quelques jours : « La réalité, c’est qu’il y a une casse incroyable. Et c’est totalement lié à la configuration de notre rugby. (…) Ce dossier doit être au centre du dispositif, sinon on passera notre temps à constater que les joueurs ne sont plus là, et malheureusement à ne pas s’occuper de leur santé. »
Car ils sont « toujours les premières victimes, qui manquent les plus belles échéances de leur vie à cause de blessures d’usure », a déploré Matthieu Jalibert. Décidément déterminé dans ses propos, le demi d’ouverture a mis un coup de pression public au rugby français :
« Si les instances dirigeantes ne prennent pas rapidement des décisions courageuses pour alléger le calendrier et préserver la santé des acteurs du jeu, nous allons droit dans le mur« , a-t-il assuré, avant de conclure : « Et cela m’inquiète vraiment, notamment dans la perspective de la préparation pour la prochaine Coupe du monde ».
Que la France rêve toujours de remporter pour la première fois de son histoire, l’an prochain en Australie.