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INTERVIEW - Laure Manaudou : “La naissance de mes enfants a comblé le vide”
Laure Manaudou

De l’or olympique des bassins aux dénivelés du bitume provençal, Laure Manaudou prend le départ de Marseille-Cassis ce dimanche 25 octobre avec le programme Run to Progress de Hyundai. Rencontre intime avec une icône apaisée qui court désormais pour le plaisir, la transmission et la liberté.

Il fut un temps où son royaume tenait dans un couloir d’eau chlorée de cinquante mètres, rythmé par l’écho sourd des battements et la quête obsessionnelle du centième de seconde. Championne olympique à dix-sept ans, icône précoce d’une nation entière, Laure Manaudou a longtemps dompté les flots avant d’apprendre à apprivoiser la terre ferme. Loin du tumulte des bassins et des attentes vertigineuses, l’ancienne reine de la natation a troqué le maillot pour les baskets, trouvant dans la course à pied un nouvel espace de liberté et d’introspection.

Ambassadrice inspirante du programme « Run to Progress » aux côtés de Hyundai, partenaire officiel de la mythique classique Marseille-Cassis, elle s’apprête à défier pour la seconde fois le col de la Gineste. Six mois après avoir bravé le bitume de son tout premier Marathon de Paris (bouclé avec panache en 4 heures, 30 minutes et 44 secondes), la voilà qui renoue avec une terre phocéenne chère à son cœur. Sans fard ni faux-semblant, la jeune quadragénaire ne court plus après les médailles mais après son propre bien-être, désireuse d’insuffler à chacun le courage de sortir de sa zone de confort, à son rythme.

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À la veille du départ, lors d’un rassemblement chaleureux organisé par la marque automobile pour donner un dernier élan d’énergie aux coureurs, nous avons rencontré une femme apaisée, maman comblée et athlète résolument décomplexée. Confidences d’une légende qui avance, désormais, le cœur léger et les yeux rivés vers l’horizon.

Laure Manaudou

Gala.fr : Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous aligner au départ de Marseille-Cassis cette année ?

Laure Manaudou : Tout d’abord, c’est un semi-marathon, et cela s’inscrit parfaitement dans la continuité de ma préparation du Marathon de Paris couru en avril avec Hyundai. Ensuite, Marseille est une ville chère à mon cœur : j’y ai vécu dix ans et deux de mes enfants y sont nés. Enfin, c’est une course que j’avais déjà disputée il y a longtemps, vers mes 28 ans. J’avais très envie de la redécouvrir aujourd’hui, avec le regard d’une femme plus mature et un entraînement plus abouti.

Gala.fr : Après avoir consacré tant d’années aux bassins, quelle place occupe aujourd’hui la course à pied dans votre quotidien ? Est-ce une nouvelle passion dans laquelle vous vous épanouissez ?

Laure Manaudou : Je ne sais pas si l’on peut parler de vocation, mais je m’entraîne trois fois par semaine. J’ai d’ailleurs gardé Marion, la même coach qui m’avait préparée pour le marathon ; elle me connaît parfaitement et sait s’adapter à mes contraintes de maman et à mon emploi du temps chargé. Je cours avant tout pour le plaisir et sans pression excessive, même si l’on garde toujours l’envie secrète d’améliorer ses temps. La course à pied me fait un bien fou parce que je suis dehors, au grand air et au contact de la nature. Cela me permet aussi de retrouver l’adrénaline d’une préparation sportive : se fixer une date, franchir l’échéance et se projeter sur un nouvel objectif. Le running prend une place grandissante dans ma vie, même si je veille à conserver d’autres activités complémentaires.

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Gala.fr : Sur vos réseaux sociaux, vous partagez cette transition vers un sport axé sur le bien-être plutôt que sur la pure performance. Comment s’est opéré ce déclic ?

Laure Manaudou : C’est un équilibre subtil, car je reste une compétitrice dans l’âme. J’ai toujours ma montre au poignet et je cherche encore à grappiller quelques secondes sur mes allures, même si je sais qu’il vaut mieux écouter ses sensations. La vraie bascule s’est faite après une longue coupure sportive de plusieurs années. J’ai renoué avec l’effort grâce à des raids nature disputés en binôme avec une amie, où la notion de partage primait sur tout le reste. C’est ce qui m’a menée à la course à pied. Vouloir progresser reste stimulant, mais cela ne doit pas devenir un piège : il faut savoir accepter les jours sans, écouter son corps pour éviter les blessures et se rappeler qu’être bien dans sa tête est indispensable pour être bien dans son corps.

Laure Manaudou

Gala.fr : Comment vit-on le fait d’évoluer dans une discipline où l’on est loin d’être la meilleure, après avoir dominé le monde de la natation ?

Laure Manaudou : Au début, cela peut être déroutant, surtout quand des coureurs vous dépassent en lançant : « Tiens, je viens de doubler Laure Manaudou ! » Beaucoup s’imaginent qu’une championne olympique excelle naturellement dans tous les sports. Pourtant, pour les nageurs, les chocs au sol représentent un vrai défi : nous avons passé des années portés par l’eau, à l’horizontale. Quand je partage mes chronos sur les réseaux, c’est justement pour décomplexer les gens et montrer que je repars de zéro, moi aussi. Je prends énormément de plaisir à courir à 6 minutes du kilomètre, sans courir après les records. Sur marathon, que je mette 4 heures ou 5 heures ne change rien à ma vie — j’ai bouclé Paris en 4 h 30. Et sur Marseille-Cassis, avec le dénivelé du col de la Gineste, je ne me suis fixé aucun objectif de chrono.

Gala.fr : Y a-t-il une course en particulier qui vous fait rêver ?

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Laure Manaudou : Le marathon de Valence me tente beaucoup : son tracé est très plat et, comme il a lieu en décembre, cela permet de débuter une préparation en douceur dès le mois de septembre. On m’a également dit le plus grand bien du marathon de New York. Je devais y participer par le passé sans pouvoir m’y aligner. Il paraît que l’ambiance y est phénoménale, que toute la ville vibre pour la course et que la foule vous porte en scandant le prénom inscrit sur votre dossard.

Gala.fr : Votre frère Florent a lui aussi tourné la page de la natation cet été. Comment a-t-il appréhendé cette transition et avez-vous pu l’accompagner ?

Laure Manaudou : Florent a très bien vécu sa fin de carrière, en particulier après son jubilé. La période d’entre-deux, juste avant l’annonce officielle, est toujours délicate parce qu’on se cherche un peu. Aujourd’hui, il est totalement serein, fourmille de projets extra-sportifs et s’épanouit pleinement. Je n’ai pas vraiment eu besoin de le guider car nos parcours sont très différents : lorsque j’ai arrêté, la naissance de mes enfants a immédiatement comblé le vide que ressentent souvent les athlètes de haut niveau. Par ailleurs, les sportifs bénéficient aujourd’hui d’un bien meilleur accompagnement pour leur reconversion, ce qui est une excellente chose.

Gala.fr : Comment parvient-on à se détacher de l’étiquette de championne olympique pour s’accomplir pleinement en tant que femme ?

Laure Manaudou : En restant simplement fidèle à moi-même. J’ai toujours été passionnée par la psychologie, le travail sur le mental et les sujets liés à la féminité et à la maternité. Je n’ai jamais caché mes moments de doute ni les épisodes dépressifs que j’ai pu traverser. Témoigner à cœur ouvert permet souvent d’aider les autres : malgré les médailles, je reste un être humain avec ses failles. Les retours très touchants reçus après mon entretien pour Brut sur la dépression post-partum me l’ont confirmé. Ce qui m’a aidée à me reconstruire, c’est d’avoir fait des thérapies, d’avoir consulté des psychologues et des coachs pour grandir, devenir une meilleure personne et être une maman épanouie et bien entourée.

Laure Manaudou

Gala.fr : Vous avez également relevé des défis inattendus, comme votre participation à Danse avec les stars . Que représentait cette aventure pour vous ?

Laure Manaudou : Cela a été le plus grand défi de ma vie, bien plus intimidant encore qu’une course à pied ! Au départ, j’ai essayé d’occulter mes appréhensions — le regard du public, les talons hauts, les robes à paillettes — pour ne retenir que l’opportunité d’apprendre la danse aux côtés d’un professionnel d’exception et de gagner en confiance. Une fois dans l’arène, le trac m’a rattrapée, mais j’avais besoin de me prouver que j’étais capable de sortir de ma zone de confort. La danse contemporaine a été une révélation : j’y ai trouvé une grande liberté d’expression, libérée des carcans trop techniques. Cela m’a permis de reconnecter avec une féminité que j’avais longtemps enfouie. Mes enfants étaient si fiers. Voir la fierté et les étoiles dans les yeux de mes enfants quand ils me regardaient à la télévision était un merveilleux cadeau, eux qui ont plutôt l’habitude de me voir en jean et baskets au quotidien.

Gala.fr : Vos enfants manifestent-ils l’envie de suivre vos traces dans les bassins ?

Laure Manaudou : Mon plus jeune garçon nage déjà depuis trois ans ; il va bientôt avoir 6 ans. Je ne lui ai jamais imposé quoi que ce soit, mais il m’a récemment confié qu’il avait choisi la natation parce que j’en avais fait. Je lui ai aussitôt rappelé qu’il devait pratiquer un sport uniquement pour son propre plaisir, jamais pour me faire plaisir à moi. Il est très doué dans l’eau, mais je ne pousse pas pour qu’il devienne nageur : c’est une discipline astreignante et solitaire. Il s’épanouit aussi beaucoup au rugby, et je préfère le voir s’amuser avec un ballon plutôt que d’accumuler les longueurs. Le choix final lui appartiendra toujours.

Gala.fr : Entre votre rôle de maman, vos engagements professionnels et le sport, comment parvenez-vous à tout concilier ?

Laure Manaudou : J’ai parfois le sentiment que les semaines sont trop courtes ! J’accueille mes garçons une semaine sur deux, ce qui me permet de caler mes déplacements professionnels lorsqu’ils sont chez leur père. Ma fille aînée a désormais 16 ans et demi, ce qui offre une plus grande autonomie. Toute mon organisation s’articule autour de ma vie de famille. Récemment, j’ai aussi découvert l’HYROX en accompagnant une amie à Bordeaux. J’ai été séduite par cette ambiance bienveillante où chacun se dépasse sans jugement, au point de m’inscrire en duo avec une copine pour l’édition de Toulouse en février.

Gala.fr : Côté cœur, ressentez-vous aujourd’hui l’envie de retomber amoureuse et de débuter une nouvelle histoire ?

Laure Manaudou : Pour l’instant, je me sens très bien ainsi. Si cela doit arriver, les choses se feront naturellement. Je suis très attachée à mon indépendance et j’ai besoin d’espace — c’est sans doute aussi pour cela que j’éprouve ce besoin viscéral de courir ! Je ne suis pas en recherche active, je savoure mon équilibre de vie actuel et l’avenir me dira où cela me mènera. Qui sait, peut-être que je ferai une belle rencontre sur une ligne d’arrivée… Mais pour l’instant, je suis parfaitement heureuse et sereine dans ma vie.

Gala.fr : Pour conclure, quelle est votre adresse gourmande incontournable après une course à Marseille ?

Laure Manaudou : Je ne suis pas une grande noctambule, mais je recommande sans hésiter le Bar de la Relève, dans le 7 arrondissement.

Gala.fr : Et quel est votre refuge privilégié pour vous ressourcer ?

Laure Manaudou : Mon chez-moi, au calme, reste mon premier refuge. Pour m’évader, j’ai besoin d’avoir la montagne ou l’océan à portée de regard. J’affectionne tout particulièrement le Pays basque, et plus encore Biarritz, qui offre ce parfait compromis entre les vagues de l’Atlantique et les sentiers de randonnée.

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