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Alain Prost n'a jamais été du genre à laisser les détails de la course au hasard. Quarante ans après son incroyable sacre de 1986, le quadruple champion du monde reste associé à cette intelligence de pilotage qui a marqué la Formule 1. Mais raconter les exploits des anciens champions demande aussi de respecter leur histoire. Et sur ce point, le septuagénaire s'était montré particulièrement sévère avec Netflix.
Le 26 octobre 1986, Alain Prost s'était présenté au départ du Grand Prix d'Australie avec une situation loin d'être confortable. Nigel Mansell avait six points d'avance sur lui, tandis que Nelson Piquet en comptait sept. Les deux coureurs Williams disposaient également d'une monoplace supérieure à sa McLaren. Autant dire que le titre semblait difficile à aller chercher.
Pourtant, à Adélaïde, rien ne s'était passé comme prévu. Après une crevaison qui l'avait contraint à passer par les stands, l'ex-collègue de Michael Schumacher avait dû repartir à la poursuite de ses adversaires. Puis Mansell avait été victime d'une spectaculaire explosion de pneu. Piquet était également rentré aux stands par précaution. Le Français avait alors saisi sa chance et remporté la course. Il avait ainsi conservé son titre mondial. "C’est incontestable, 1986 est mon plus beau titre", avait-il confié par la suite.
Cette victoire rappelle à quel point le quadruple champion de F1 connaît les exigences de la compétition automobile. Mais lorsqu'il s'agit de raconter les parcours des pilotes, il attend également une certaine fidélité aux événements. C'est précisément ce qui lui avait déplu dans Senna, la mini-série mise en ligne sur Netflix le 29 novembre 2024. Le programme retraçait le parcours du Brésilien, disparu tragiquement le 1er mai 1994, à seulement 34 ans.
Au micro de RMC Motori et relayé par Télé-Loisirs, Alain Prost n'avait d'ailleurs pas cherché à arrondir les angles. "Je suis sûr qu'Ayrton n'aimerait pas ça, notamment parce que cela montre un manque de sensibilité. C'est une belle histoire et il ne faut pas raconter des choses qui ne sont pas vraies. Si vous devez faire quelque chose de commercial, ce n'est pas bien de le faire au nom de Senna. Je n'aime pas ça et je ne l'accepte pas". Une critique d'autant plus marquante que la famille du pilote avait collaboré à la réalisation des six épisodes.
Mais le reproche du Français allait bien au-delà de quelques libertés scénaristiques. À ses yeux, la fiction avait surtout négligé une dimension essentielle : la proximité qui s'était installée entre les deux anciens rivaux. Leur relation ne se résumait pas aux affrontements sur les circuits. Durant les derniers mois de la vie de Senna, les échanges étaient même devenus réguliers.
"Durant les six mois précédant le drame d'Imola, Ayrton m'appelait une ou deux fois par semaine. Nous étions devenus proches et échangions beaucoup, parfois sur des sujets anodins, parfois pour nous donner des conseils. Ce lien si fort a été complètement occulté", regrettait-il. Le Français contestait également la présentation du dernier message de Senna : "Tu me manques, Alain". Sa conclusion était sans appel : "La série soutient que son dernier message : 'Tu me manques, Alain' était bidon. Eh bien, je pense que c'est la série qui est bidon".