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Fort de ses 400 licenciés, le Football club de Serquigny-Nassandres est « une vraie vitrine » du territoire, clame Frédéric Delamare, le maire de Serquigny (Eure). Une association dont l’équipe fanion évolue cette année en Régional 1, après avoir décroché le titre de champion la saison dernière. Mais qui, l’hiver venu, se retrouve régulièrement en galère, les terrains d’entraînement étant impraticables.
Cette situation sera bientôt de l’histoire ancienne. Le stade Claude Gitton est en plein chantier afin d’y poser un gazon artificiel, utilisable tout au long de l’année.
Présenté au public mercredi 14 octobre 2026, le projet est porté par l’Intercom Bernay Terres de Normandie (IBTN) afin de « mettre à disposition des équipements sportifs de haut niveau et de gommer notre déficit en la matière sur l’ouest de l’Eure », commente Frédéric Delamare.
Quant au choix de Serquigny pour y construire ce premier synthétique, « c’est lié à la performance, explique Xavier Philippe, vice-président de l’IBTN. Il faut des infrastructures au niveau de la performance. Et nous avons à cœur d’avoir un terrain qui corresponde aux normes environnementales et qui ait une durabilité ».
Qui réalise le chantier ?
Le marché a été confié à la société Art Dan, basée à Aigremont dans les Yvelines et spécialisée dans la construction et l’aménagement de sols sportifs, notamment pour les collectivités. L’entreprise affiche près de cinquante ans d’expérience et réalise plus de 35 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel.
Quel type de synthétique ?
Les terrains synthétiques n’ont pas toujours bonne réputation sur le plan environnemental, en raison de l’ajout de caoutchouc dans la composition de beaucoup d’entre eux.
« L’utilisation de microplastiques sera interdite par l’Europe en 2031, signale Jean-Daniel Mesnil, responsable du bureau d’études chez Art Dan. Les industriels ont cherché des solutions pour éviter cette prolifération. »
Le modèle choisi à Serquigny sera un gazon sans remplissage : les brins (un million par m²) seront suffisamment denses pour se suffire à eux-mêmes, il n’y aura pas besoin d’y intégrer une matière abrasive, du sable ou des polymères, pour les maintenir entre eux.
Ce qui évite les risques de propagation de microplastiques dans la nature lorsque la texture se dégrade, une source d’inquiétude exprimée par un spectateur mercredi soir.
S’il gèle ou si les chaleurs grimpent, le terrain restera accessible et « la qualité de jeu sera optimale », promet le spécialiste à propos de ce produit novateur testé par des professionnels : « Le club de Marseille possède ce gazon pour une zone dédiée à la réathlétisation ».
Quelle durée de vie ? Quel entretien ?
La Fédération française de football effectue des contrôles d’homologation tous les cinq ans. « La durée de vie moyenne d’un synthétique est de 15 ans. Des terrains très bien entretenus, même avec une pratique assidue, peuvent atteindre les 20 ans », répond Jean-Daniel Mesnil.
Il faudra veiller à retirer les feuilles et à le nettoyer tous les 45 jours en moyenne, une tache à la charge de la commune de Serquigny.
Nos services techniques interviennent toutes les semaines pour une pelouse naturelle. Le synthétique sera beaucoup moins chronophage et moins coûteux sur ce point.
Quels travaux ? Quel calendrier ?
Une retraitée n’a pas pris de gants pour exprimer son avis : « C’est scandaleux, s’insurge-t-elle, en s’adressant au maire. Vous ne nous invitez pas pour parler d’un projet, puisque la réalisation du terrain a déjà commencé. Vous conviez les gens après coup, encore une fois, et nous devons dire amen. »
Même si le dossier est dans les tuyaux depuis un long moment, le démarrage du chantier s’est fait dans « la précipitation », reconnaît Frédéric Delamare. Le calendrier est contraint, la phase de terrassement devant être terminée avant les conditions hivernales.
Les riverains le constatent actuellement, la circulation d’engins est intense, le décapage du terrain est en train d’être achevé et il faut évacuer la terre végétale. « C’est un chantier d’importance qui est effectué très proprement, félicitations », lance un habitant.
Une pente légère et un système de drainage doivent être aménagés pour éviter l’accumulation d’eau et la diriger vers une cuve d’infiltration. « Un gazon synthétique n’est pas imperméable, il laisse passer l’eau », rappelle le représentant de la société Art Dan.
Des étapes indispensables avant de pouvoir poser le gazon, livré sous forme de rouleaux de 4 m de longueur, des bobines fabriquées dans le nord de la France.
La réception est prévue vers la fin du premier trimestre 2027. Ce qui permettra de libérer les terrains de Nassandres, utilisés le temps des travaux, en vue de la Risle cup, la compétition réservée aux jeunes footballeurs.
Qui finance cet investissement ?
D’un montant d’un million d’euros, le nouvel équipement est financé à hauteur d’environ 450 000 € par l’Intercom, qui a obtenu le soutien de l’État et de la Fédération française de football, via le fonds d’aide au football amateur. La Ville de Serquigny apporte quant à elle 200 000 € au budget.
Ce synthétique « va dans le sens de l’accompagnement des jeunes, plaide Frédéric Delamare. Nous préférons voir nos enfants sur un terrain plutôt que devant un écran ».
Quelles conséquences pour le quartier ?
Ce nouveau terrain va-t-il engendrer des désagréments supplémentaires pour les riverains s’il attire davantage de footballeurs ? C’est la crainte d’une voisine, qui se plaint déjà de la circulation des joueurs les soirs d’entraînement et du nombre de voitures les jours de match.
« Faut-il que je vende ma maison ? Je pense qu’elle va perdre de sa valeur », lâche-t-elle, un point de vue contesté par d’autres spectateurs.
La limitation de la vitesse dans le quartier pourrait passer de 50 à 30 km/h, dans le cadre d’un projet d’aménagement cyclable reliant Beaumont-le-Roger à Serquigny, annonce le maire. L’idée d’un nouveau parking est en réflexion.
« Il y aura une utilisation plus large du terrain, donc sans doute davantage de fréquentation de parents qui emmènent leurs enfants », anticipe Frédéric Delamare, ravi de voir que le stade attire du monde.
S’il se dit compréhensif des nuisances, Xavier Philippe en appelle à l’intérêt général. « Pour que notre territoire soit attractif, il y a deux leviers : le développement économique et le fait que le lieu de vie soit agréable, déclare le vice-président de l’IBTN. Et là, l’objectif est de permettre aux enfants de pratiquer leur sport dans de bonnes conditions. C’est important si on veut les conserver dans nos communes. »