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En presque trente ans d’athlétisme, j’ai dû faire des centaines de compétitions. J’en ai bien évidemment effacé un bon nombre de ma mémoire. Certaines victoires, les records, les podiums par équipe, les courses à l’étranger restent gravés. La backyard de Camaret devrait aussi se faire une petite place dans ma boîte à souvenirs…
J’ai participé à la quatrième édition vendredi 30 octobre 2026. J’ai pris un dossard avant tout par curiosité : découvrir un format inédit (prendre toutes les heures le départ d’une même boucle de 6,7 km avec 120 m de dénivelé positif) et tester mes limites. Je n’ai pas été déçue.
Boucle n°1. Je suis émerveillée par le circuit. Du gymnase de Camaret, on rejoint très vite le sentier côtier. On surplombe la magnifique plage de Penhat avant d’enchaîner sur un joli raidillon.
On prend alors la direction de la pointe de Pen Hir en longeant quelques fortifications. Au loin, on aperçoit les tas de pois, la pointe Saint-Mathieu, le Cap de la chèvre, la pointe du Raz. Sur le retour, on domine la plage de Veryac’h avant de rentrer dans les terres pour rejoindre le gymnase.
Boucle n°2. J’essaye de trouver mon rythme. C’est compliqué. Je sais que la clé, c’est de courir lentement et de marcher dans toutes les côtes et les faux plats. Mais je n’y arrive pas encore. Idéalement, il faut boucler la boucle en 51-52 minutes.
Boucle n°3. Il va me falloir plusieurs tours pour trouver mes marques en course, mais aussi pendant la pause. Les coureurs ne disposent que de 5 à 10 minutes pour manger, boire et éventuellement changer un vêtement.
J’ai cuisiné des aliments qui me plaisent car je crains d’être vite écœurée par la nourriture. J’alterne donc un gâteau de semoule additionné de raisins secs et banane, un pain d’épices et un wrap omelette-fromage. Pour l’instant, je me régale !
Boucle n°4. Sur le bord du chemin, il y a quelques supporters ce vendredi midi. Ma mère et mon fils ont fait le déplacement. Sur sa chaise pliante avec une vue panoramique sur le rade de Brest, ma mère ne regrette pas le voyage.
Je prends une ou deux minutes pour discuter avec eux. Quelques kilomètres plus loin, je suis encouragée par une copine et son mari. Encore une ou deux minutes pour papoter. La backyard offre cette possibilité étrange : prendre du temps en plein milieu de sa propre course !
Boucle n°5. Je ressens les premiers signes de la fatigue. Normal, j’ai tout de même déjà couru 34 km. Je commence à douter : vais-je réussir à boucler les 10-12 tours que je me suis fixés ? Ai-je été trop ambitieuse car, après tout, je n’ai jamais couru plus de 45 km en montagne ?
Autour de moi, je constate que les coureurs ont mis la barre assez haut. Océane compte voir le lever du soleil, donc faire au moins 20 tours. Vincent compte en faire 48 !
Boucle n°6. Je perds la notion du temps. Est-il 12h, 13h, 14h ? On rentre vite dans une bulle où seuls comptent les boucles réalisées et les kilomètres parcourus. Dans le gymnase, notés sur un grand tableau, les tours s’égrènent ainsi que le nombre de coureurs qui abandonnent. Depuis le début, seuls une vingtaine de participants ont jeté l’éponge sur les 200 inscrits.
Boucle n°7. Pour accélérer le temps, le meilleur moyen est de discuter. Pour une journaliste, c’est assez simple. À chaque boucle ou presque, j’ai lié connaissance avec un coureur différent.
J’ai beaucoup apprécié Karen, 47 ans, qui enchaîne les trails avec l’enthousiasme d’une cadette ! Les kilomètres aux côtés d’Anne-Hélène sont passés très vite. Cette pharmacienne m’a donné plein de conseils en micronutrition pour durer dans le temps et bien entretenir la machine.
Boucle n°8. Les boucles s’enchaînent sans trop de difficultés pour le moment. Dans le gymnase, je n’ai pas du tout le temps de me poser dans mon siège qui est pourtant assez confortable. En huit minutes, on ne fait pas grand-chose. À trois minutes du départ, une cloche sonne. Rebelote à deux minutes puis une minute. Tout le monde se précipite alors à l’extérieur où une commentatrice survoltée essaye de nous galvaniser.
Boucle n°9. À partir de 18h, les supporteurs peuvent entrer dans le gymnase et faire notre assistance. J’attendais ce moment. Mon mari me cueille à l’arrivée de la neuvième boucle. Il remplit mes flasques de boissons énergétiques, m’aide à enfiler un tee-shirt à manches longues bien sec et surtout m’encourage. Je sens que ce soutien va devenir nécessaire dans les heures à venir.
Boucle n°10. La fatigue et la lassitude me sont tombées dessus sans crier gare. Est-ce parce que je m’étais fixé cette première barrière de 10 tours ? La nuit est désormais bien tombée rendant le parcours plus complexe, notamment une portion d’un kilomètre plate mais truffée de cailloux qui affleurent. Pour la première fois, je commence à penser à la fin : est-ce que je peux pousser jusqu’à 15 boucles et 100 km ? Ce serait formidable, mais ça me paraît tellement loin…
Boucle n°11. Quand la fatigue et les bobos commencent à se manifester, le mental joue évidemment un rôle décisif. L’ambiance est aussi déterminante. Sur l’Infinity trail, elle est électrique aux alentours du gymnase, mais aussi sur le circuit malgré la nuit et le froid.
Il y a notamment deux supporters au kilomètre 5 qui hurlent, gesticulent et mettent la musique à fond. Ça remonte le moral 500 m en amont et 500 m en aval. Je les remercie. Ils me remercient à leur tour pour ce moment hors du temps.
Boucle n°12. Malgré les encouragements de mon mari à poursuivre, je prends le départ de cette 12e boucle avec une sérieuse envie d’arrêter : mon genou commence à couiner, je fatigue et j’en ai marre de tourner en rond. J’avoue que je commence aussi à imaginer la douche chaude, le lit douillet…
Je fais part de mon ras-le-bol aux coureurs autour de moi. Pas de chance : ils ont aussi tous envie d’arrêter là ! Dans ces conditions, impossible de retrouver la moindre motivation pour repartir !
Nous sommes 28 à arrêter à la fin de la 12e boucle. Certains vont continuer encore très très longtemps : Pierre Wadier remporte cette backyard avec 36 tours. Lisa Madi a, elle, réussi à boucler 16 tours.
Je suis ravie de mon résultat : j’ai atteint mon objectif (12 tours et 80 km) sans souffrir. Certes, j’aurais certainement pu continuer un tour ou deux, mais au risque de me blesser. Or, après une pause athlétique bien méritée, j’ai bien l’intention de reprendre la compétition sous le maillot du Quimper athlétisme. Cette fois-ci pour un effort diamétralement opposé : le cross !