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l'essentiel À 47 et 20 ans, Benjamin Vergnes et son fils Flavien font rimer rugby de clocher avec transmission familiale sous les couleurs du RC Lomagne (Gers). Un duo fusionnel qui prouve qu'il n'y a pas d'âge pour chausser les crampons chaque dimanche. Rencontre.
Depuis le bord du terrain, la ressemblance saute aux yeux. De plus près, le doute n'est plus permis : Benjamin, 47 ans, et son fils Flavien, 20 ans, évoluent ensemble sous les couleurs du RC Lomagne, petit club du nord-est du Gers, promu en Régionale 2 cette saison. Unis par le sang et l'amour du ballon ovale, les Vergnes orchestrent le jeu de l'équipe réserve.
Une association à la charnière qui "n'était pas forcément calculée". "Mais comme je pouvais encore courir, j'en ai profité", glisse le papa, sourire aux lèvres, fidèle à la Lomagne gersoise. Formé à l'école de rugby de Fleurance, le quadragénaire est ensuite passé par Lectoure, avant de s'établir dans le vestiaire de Saint-Clar au début du siècle, avant même que le club ne devienne le RC Lomagne, né de la fusion avec Tournecoupe en 2005. Finalement, le père de famille avait raccroché les crampons "juste avant le Covid".
L'éventualité de partager un jour la pelouse avec son paternel était alors bien loin des pensées de Flavien, demi de mêlée. "Je n'y avais même pas pensé. Au début, quand je lui ai dit que j'allais jouer à Saint-Clar, il n'était pas trop chaud. Il me disait que je faisais trop de sports déjà. Je ne pensais pas du tout qu'il allait s'y remettre", confie l'étudiant, en licence de professorat des écoles à Auch. Avant d'ajouter, en jetant un regard complice à son père : "Il me colle un peu partout !"
Il n'en fallait pas plus à Benjamin, redoutable buteur "quand j'étais plus jeune", pour replonger, motivé par la perspective rare de partager le terrain avec sa progéniture et "de filer un coup de main aux jeunes du club". Des retrouvailles matérialisées par une première feuille de match commune en Régionale 3, la saison passée. L'occasion de croiser aussi une nouvelle génération de joueurs... mais avec des patronymes plus que familiers. "Ça fait vraiment plaisir de jouer avec tous les fils de ceux avec qui j'ai joué il y a vingt ans. C'est tout l'esprit du club, la famille", relève le numéro 10.
S'il n'a plus les cannes de ses vingt ans, Benjamin garde toute sa science du jeu pour tenir les rênes de l'équipe et recadrer, si besoin, celui qu'il appelle affectueusement sur le pré son "petit" ou son "loulou". "Il ne faut pas que je fasse trop de bêtises, comme des passes un peu basses...", rigole Flavien, qui a commencé le rugby à l'université il y a seulement trois ans.
À l'inverse, l'étudiant peut compter sur un protecteur de choix en cas de "chutes de marrons" propres aux fins de match automnales. "Il ne vaut mieux pas que je prenne un mauvais coup, parce que sinon... Le week-end dernier, heureusement qu'il était dehors", plaisante le jeune homme. Directeur d'école dans le Tarn-et-Garonne, "Benji" - un petit nom donné par son fils "pour le brancher" - l'assure la main sur le cœur : "Je n'ai jamais mis un coup sur un terrain." Mais en cas de geste illicite sur son fils, son sang ne ferait qu'un tour. "Dans certains cas, c'est compliqué de rester joueur de rugby", avoue-t-il, lucide. Une bienveillance paternelle qui s'arrête là où commence le défi sportif.
Après six journées, les Vergnes et leurs partenaires occupent le ventre mou du classement. Bien du travail reste à accomplir pour prétendre à une consécration au printemps. "Ce serait plus qu'un rêve avec mon fils", avoue Benjamin. Mais avant de songer au "planchot", père et fils savourent ces instants suspendus. Un plaisir rare dans l'Ovalie que le quadragénaire est prêt à prolonger le plus longtemps possible, quitte à se faire rappeler à l'ordre par son corps. "Le lundi matin, ça suffit des fois pour me dire qu'il faudrait raccrocher les crampons", conclut-il, sans pour autant y songer vraiment.
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