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Pas forcément. Quand je suis arrivé, mon but était déjà de faire partie du groupe qui allait jouer contre les Fidji. Mais titulaire, non, ce n’était pas mon objectif premier. Pas celui auquel j’accordais le plus d’importance en tout cas. Que je sois titulaire ou finisseur, je ne me concentre que sur ma performance et sur ce que je peux apporter. C’est ce qui fait que j’ai été appelé puis conservé dans les 23.
N’aviez-vous pas peur, à force, d’être catalogué comme un éternel remplaçant ?
Non. Vous savez, j’ai pas mal vécu dans l’ombre ces derniers temps. J’ai enchaîné pas mal de problèmes physiques - j’ai souvent été blessé - et personnels. Dans ma tête, après la tournée de cet été, mon objectif était d’abord de revenir dans...
Pas forcément. Quand je suis arrivé, mon but était déjà de faire partie du groupe qui allait jouer contre les Fidji. Mais titulaire, non, ce n’était pas mon objectif premier. Pas celui auquel j’accordais le plus d’importance en tout cas. Que je sois titulaire ou finisseur, je ne me concentre que sur ma performance et sur ce que je peux apporter. C’est ce qui fait que j’ai été appelé puis conservé dans les 23.
N’aviez-vous pas peur, à force, d’être catalogué comme un éternel remplaçant ?
Non. Vous savez, j’ai pas mal vécu dans l’ombre ces derniers temps. J’ai enchaîné pas mal de problèmes physiques - j’ai souvent été blessé - et personnels. Dans ma tête, après la tournée de cet été, mon objectif était d’abord de revenir dans le groupe. Je voulais aller chercher une place, quelle qu’elle soit. En ce moment, c’est très dur, surtout au poste de pilier droit : il y a pas mal de joueurs qui pourraient être à ma place.
« J’étais dans une période où je ne savais plus où j’allais, je ne savais plus de quoi l’avenir serait fait »
Vous avez effectivement traversé une année 2024 très difficile avec une rupture du ligament croisé du genou droit en janvier, suivie d’une petite rechute peu après votre retour en octobre. Comment avez-vous traversé cette période ?
Médicalement et sportivement, le staff de Bordeaux m’a très bien accompagné. Laurent aussi (NDLR : Marti, le président de l’UBB). En dehors du club, j’ai également pris l’initiative d’aller voir des personnes extérieures : j’ai été suivi par un psychologue, j’ai fait de l’hypnose aussi. J’étais dans une période où je ne savais plus où j’allais, je ne savais plus de quoi l’avenir serait fait. J’étais habité par beaucoup de doutes et de questionnements. Même par rapport à la suite de ma carrière. Que ce soit à l’international, à Bordeaux, ou même globalement.
Vous avez déjà eu l’occasion de confier les complications vécues par votre compagne suite à la naissance de votre fille. La conjonction avec la blessure était trop lourde à porter ?
La blessure fait partie de tout ça. Mais j’ai effectivement eu aussi pas mal de problèmes personnels à la naissance de ma fille (NDLR, le 10 mai 2023). J’ai failli perdre ma femme lors de l’accouchement. Suite à cela, pendant un an et demi, elle a dû être dialysée tous les deux jours. Concrètement, c’était trois fois par semaine, et les jours où elle était à la maison, elle devait récupérer. On avait une vie beaucoup assistée par ses parents qui ont tout mis en pause, alors qu’ils vivent à Strasbourg, pour nous accompagner. Il a fallu l’accepter.
Dans un tel contexte, avez-vous perdu le goût du rugby ?
J’avais perdu toute confiance en moi et en ce que je pouvais apporter. Je me suis demandé si j’arriverais à retrouver le haut niveau. Pendant ce temps-là, voir les autres performer était aussi un peu compliqué pour moi. Franchement, je dis merci à toutes les personnes qui m’ont entouré. Et bien sûr, à ma femme d’abord.
Qu’est-ce que vous a apporté le travail avec le psychologue ou encore l’hypnose ?
Le fait de traiter les problèmes étape par étape. Le fait d’identifier les priorités dans une reconstruction et de ne pas tout mettre au même plan. Mentalement et physiquement, il ne faut pas se précipiter et taper dans le mur. L’hypnose, quant à elle, m’a apporté beaucoup de confiance alors que j’avais beaucoup d’appréhension à cause de mon genou. Ayant eu une rechute, je doutais de mon ressenti. Mais avec le travail, c’est revenu petit à petit. Je ne pense pas être encore à 100 %, mais je suis confiant désormais en ma capacité à répondre présent sur le terrain.
N’est-ce pas finalement le corps qui vous a dit stop à cette époque-là ?
Je le pense. Mes problèmes personnels sont arrivés avant ma grosse blessure aux croisés. Par fierté, j’ai voulu fermer les yeux : je devais être le papa responsable qui va en première ligne au front. Je n’ai pas su écouter mon corps. C’est ce qui a fait que j’ai chuté.
Quand avez-vous senti que vous sortiez enfin de ces difficultés ?
Il a fallu du temps. Au début, je me demandais si le travail avec le psy servait vraiment à quelque chose. Je me précipitais, j’espérais que tout serait derrière moi en un claquement de doigts. Ça a pris plus de temps. Je me suis rendu compte que ça allait mieux lors de la tournée avec l’équipe de France cet été (NDLR, lors du Championnat des nations avec les matchs contre l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Japon). Le fait d’avoir été appelé a enclenché quelque chose. Je me suis rendu compte que j’étais toujours autant passionné par ce sport.
Fabien (Galthié) a fait un discours en Australie : il a parlé des joueurs qui étaient là parce que l’équipe en avait besoin. Je me suis tout de suite senti concerné parce que j’avais besoin d’être là moi aussi. J’avais besoin de la confirmation que j’étais sorti des difficultés. J’avais besoin de ressentir que j’étais capable d’aller chercher la performance. Si ça marchait avec l’équipe de France, je savais que ça le ferait aussi en club.
« Son frère lui a fait don d’un rein. On est passé de la nuit au jour : ça a changé notre vie »
Comment va votre compagne désormais ?
Au début, elle ne pouvait pas être greffée en raison de complications. Ça s’est fait juste avant le premier titre en Champions Cup en 2025. Son frère lui a fait don d’un rein. On est passé de la nuit au jour : ça a changé notre vie. L’année dernière, on a fait notre premier voyage en vacances à Majorque. On en a fait un deuxième cet été. Avant qu’on se rencontre, j’étais plus casanier. Les vacances, c’était forcément en famille. Elle m’a aidé à réaliser que couper fait du bien par moments (sourire). Ça m’a fait du bien mentalement d’être juste avec elle et ma fille et de ne pas penser au rugby.
Vos doutes en 2024 coïncident avec la période où Yoram Moefana, votre neveu, s’est totalement imposé en équipe de France. Cela a-t-il eu un effet levier ?
Oui. Voir son neveu performer, ça donne envie d’être à ses côtés. Je l’encourageais, mais j’avais cette sensation au fond de moi. Je voulais célébrer comme lui les victoires. C’est dur d’être spectateur devant sa télé, mais ça donne aussi envie de se battre. Un mot qui est important pour moi, c’est la persévérance. Ça m’a construit.
Vous dites ne pas vous sentir encore à 100 %. En ce début de saison, vous avez pourtant été titulaire sept fois consécutivement, ce qui n’était jamais arrivé dans votre carrière. Que pouvez-vous faire de plus ?
Quand je dis que je ne suis pas à 100 %, c’est sur des trucs minimes. Comme courir à 32 km/h, plus vite que certains trois-quarts (sourire), comme je le faisais avant. Mais c’est vrai qu’en début de saison, je ne pensais pas enchaîner autant. Sept titularisations, enchaîner sept matchs d’affilée, c’est vrai que ça ne m’est jamais arrivé (son visage s’illumine).
Vos problèmes au genou sont derrière vous désormais ?
Avec le staff de Bordeaux, on a construit quelque chose autour de moi et de mon genou basé sur la confiance. Au moment où j’avais encore de l’appréhension, j’avais eu un entretien individuel avec Yannick (Bru). Quand je disais que j’avais mal, c’était vraiment le cas. Donc dès que je leur faisais part d’un ressenti, ils adaptaient ma charge de travail. Tout le monde était autour de moi pour m’aider à performer.
Au sein du staff du XV de France, on estime que vous êtes le meilleur pilier droit français depuis le début de la saison. Qu’est-ce que ça vous fait ?
C’est bien de l’entendre, mais je ne vais pas me reposer sur ça. Ça peut changer à tout moment et tourner du mauvais côté, il faut garder les pieds sur terre et continuer à travailler. Je n’ai rien prouvé à personne, ni même à moi-même.