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Comment expliquer qu’une remarque de Kylian Mbappé sur Mao Zedong prenne une telle ampleur en Chine ?
Il y a deux choses. Déjà, il y a la personne Mao est une figure qui, aujourd’hui en Chine, a un rôle patrimonial. Pour les Chinois, il y a tout un travail politique qui a été fait pour dissocier Mao directement de la période du Maoïsme. Dans l’historiographie chinoise, Mao est exempté des problèmes, et aujourd’hui encore, on le voit comme le père fondateur de la nation. Il y a une forme d’affect vis-à-vis de Mao. On le retrouve par exemple sur des porte-monnaies, des mugs, parce qu’il y a ces traits de proximité. La figure de Mao est particulière. C’est pour ça aussi qu’il y a eu cette réaction.
La deuxième chose, c’est que Mao a un rôle central dans le discours officiel du parti, dans la construction identitaire, historique chinoise et dans la trajectoire politique de la Chine aussi. Du côté des entreprises, c’est aussi un problème. On ne peut pas faire du business avec quelqu’un qui irait à l’encontre du discours dominant. On veut vendre un produit à un consommateur chinois, donc on ne va pas s’encombrer d’une image ou d’un visage, qui irait à rebours de cet objectif-là.
En Chine, on a besoin de se distancier de la vision occidentale. En disant que Mao est un dictateur, c’est pris, non pas comme une opinion, mais déjà comme une contre-vérité historique. Cette dernière existe pour les Chinois. Ils disent aussi, Mao n’est pas un dictateur puisque la France a des relations de longue durée avec la Chine donc forcément ce n’est pas un dictateur. La Chine dit : "On a notre propre vision, notre propre réalité, on ne veut pas être encore soumis au regard des Occidentaux sur notre pays."
Cette réaction chinoise vise personnellement Kylian Mbappé ou sert-elle également d’exemple ?
Ça aurait pu être n’importe qui d’autre d’important. Ce n’est pas personnel. Le fait que ça ait été prolongé aussi avec des sanctions à l’encontre de la Liga, la Chine dit : "Si vous voulez accéder à notre marché, il faut que vous adhériez à notre vision du monde". C’est une technique qui fait écho à ce que la Chine fait en général au niveau diplomatique. Par exemple, il faut reconnaître que Taïwan fait partie de la Chine. La même chose se fait au niveau du business.
C’est la première fois qu’il y a une action chinoise dans le sport de cette ampleur-là ?
Aussi visible, oui. Mais aux JO de Paris 2024, il y avait eu beaucoup d’actions qui ont été prises contre les supporters taïwanais. La Chine fait pression pour que Taïwan n’apparaisse pas comme Taïwan au sein du CIO, ça apparaît comme Chinese Taipei. Lors des manifestations, les supporters qui brandissaient les drapeaux taïwanais étaient interdits, il y a eu pression de la Chine. Il y a des pressions de la Chine qui sont très régulières sur cette question de la vision du monde. C’est la première fois que c’est aussi visible. Après, je ne me souviens pas de cas où la Chine a été critiquée comme ça.
Est-ce que ça peut toucher la diplomatie française ou espagnole ?
Je ne pense pas. On n’est pas du tout dans le même cas que lorsque Mbappé a été insulté par la sénatrice paraguayenne. On avait une figure publique qui avait pris la parole. Ici, tant que vous n’avez pas une prise de position de Xi Jinping, je doute qu’il y ait une réaction française. Du côté espagnol, je ne pense pas non plus. Ça reviendrait aussi à accorder de l’importance aussi à la position chinoise. On a tout le monde qui s’excuse parce qu’il y a des intérêts financiers. Mais si vous avez un représentant d’un gouvernement qui se positionne, ça donnerait du crédit à cette démesure chinoise.
Tout va revenir dans l’ordre ?
Tout va dépendre des concessions de la Ligue espagnole. Je pense que la Liga va faire ce qu’il faut et que la Chine va finir à nouveau par l’autoriser à nouveau.