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"J’appelais Galthié "papa", il me laissait faire ce que je voulais", "le congé paternité m’a coûté ma carrière" : Timoci Nagusa analyse France-Fidji et revient sur son parcours
Timoci Nagusa l’année de la finale. MAX BERULLIER

Par où commencer pour décrire le sacré zig celui que tout le monde surnomme "Jim" ? L’ancien ailier international fidjien (39 ans, 33 sélections) est aussi insaisissable sur les terrains qu’en dehors. Montpellier a eu beau le côtoyer pendant dix ans (2010-2020), il n’a jamais su anticiper ses faits et gestes, autant sur sa capacité à réaliser des tours de magie face à ses adversaires, qu’à manquer subrepticement son avion des retours de vacances.

Depuis quelques mois, il a quitté son Hérault adoré pour rejoindre son frère à Seattle, raisons personnelles obligent. Malgré tout, le septième meilleur marqueur de l’histoire du Top 14 (80 essais) garde un œil avisé sur le rugby. Il décrypte le match à venir entre la France et les Fidji, samedi (21h10).

Timoci Nagusa a évidemment côtoyé Benoît Paillaugue au MHR.
Timoci Nagusa a évidemment côtoyé Benoît Paillaugue au MHR. Max BERULLIER

Les Fidji ont un nouveau sélectionneur, Jake White. Vous le connaissez bien, il vous a entraîné à Montpellier entre 2014 et 2017. Qu’en pensez-vous ?

Je le connais très bien. Je suis trop content qu’il soit là. C’est un mec très intelligent. Il a beaucoup d’expérience, il a entraîné dans différents pays, et surtout, il a gagné dans un paquet de compétitions. Partout où il est passé, il a réussi. À Montpellier, il voulait gagner, il a appliqué sa méthode, il a fait gagner au club son premier titre majeur (2016, Challenge européen). On a besoin de lui.

Quelle est sa méthode ?

Déjà, il faut se rappeler d’un truc. Avant d’être entraîneur, il était prof, donc il sait être strict. Il te dit exactement ce qu’il veut faire, ce que tu dois faire et comment tu dois le faire. Les Fidji ont besoin de ça, d’une structure.

Pour les Fidjiens, est-ce spécial de jouer contre la France ?

Moi, aujourd’hui, tu me demandes de jouer la France, je n’hésite pas une seconde. La majorité des Fidjiens jouent en France, c’est un pays qui nous a offert énormément d’opportunités, ainsi qu’un cadre de vie. On est tous reconnaissant.

"Les Fidjiens, tu les mets à l’aile, ils sont contents"

Quand on est jeune joueur fidjien, espère-t-on jouer en France ?

À mon époque, ce n’était pas forcément le cas. On était un peu dispatché à travers le monde. Maintenant, les mecs veulent jouer ici parce qu’ils savent que c’est peut-être le meilleur endroit pour s’améliorer. La France, pour moi, est le meilleur pays du rugby. Même si elle n’a jamais gagné la Coupe du monde, le vivier est immense. La formation y est assez folle. Et en plus, parfois, tu n’es pas obligé par les chemins habituels pour percer. Beaucoup de choses sont possibles.

Quand on regarde la ligne de trois-quarts, on se dit que vous avez les meilleurs joueurs du monde. Pourquoi les Fidji n’arrivent pas à franchir ce pas ?

C’est vrai. Quand tu regardes les noms, tu te dis, oh pétard, ça va barder. Sauf que ces mecs doivent apprendre à jouer ensemble. Et c’est ça le problème, les mecs ne passent pas assez de temps ensemble pour trouver des repères. En Top 14, beaucoup ne jouent pas au même poste qu’en sélection. Pour les combinaisons, c’est parfois difficile. Tu peux être le meilleur, si on te change de position, c’est compliqué. Après, dans tous les cas, les Fidjiens, tu les mets à l’aile, ils sont contents (rire).

N’avez-vous pas l’impression que c’est le jeu d’avants qui pêche ?

Aujourd’hui, c’est mieux. Déjà, tous les joueurs sont professionnels, notamment grâce à la province qui a été créée, les Fijian Drua, qui évolue en Super Rugby. Tout est plus pro là-bas. Je pense qu’on sera vraiment compétitif d’ici deux ou trois ans. Jusqu’à il n’y a pas si longtemps, tu prenais un mec de Fédérale 1, de Pro D2… Là, on progresse, ça va être de mieux en mieux. On a juste besoin de temps.

"Quand les Fidji jouent, tout s’arrête"

À quel point le rugby est important aux Fidji ?

C’est une religion. Quand les Fidji jouent, tout s’arrête.

N’aimeriez-vous pas vous engager dans le rugby fidjien ?

Si je devais le faire, ce serait plutôt dans le management, pas dans la partie coaching.

Montpellier ne vous manque pas ?

Tous les jours ! Maintenant, je suis aux US, mais j’ai construit une bonne partie de ma vie en France. Dès que je peux, je reviens.

Quels sont vos meilleurs souvenirs avec le MHR ?

J’en ai tellement ! Ma première année, je pense, quand on arrive en finale contre Toulouse (défaite 15-10). En barrages, on gagne Castres d’un point (17-18). En demies, à Marseille, on gagne contre le Racing d’un point (25-26). Puis le parcours, avec Galthié, Béchu… Mon essai en finale ? C’est l’apogée de ma carrière, le temps s’est arrêté.

"Ça m’a coûté ma carrière"

Quelle était votre relation avec Fabien Galthié ?

Il me faisait toujours des blagues. Après, je l’appelais souvent "papa", il me laissait faire un peu ce que je voulais. Surtout que je lui en ai fait voir des belles (rires). C’est vraiment un sacré mec.

Timoci Nagusa a été sous les ordres de Fabien Galthié pendant quatre ans.
Timoci Nagusa a été sous les ordres de Fabien Galthié pendant quatre ans. Max BERULLIER

Wilfrid Hounkpatin, pilier du MHR, va prendre son congé paternité. Vous aviez été le premier à le prendre, en 2022. Comment cela s’était passé à l’époque ?

Si je suis honnête, ça m’a coûté ma carrière. Après, aucun club ne me voulait. Mais je ne le regrette pas, le rugby reste ma passion, ce n’est pas qu’une question d’argent. Ça m’a rendu heureux de faire ça. Tant mieux si certains peuvent en profiter aujourd’hui.

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